Mots-clé : Valentine Colasante

A Garnier, des méta-contrastes saisissants

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Étrange mot que celui de contraste, nom donné à cette soirée mixte de ballet réunissant les œuvres de Trisha Brown, David Dawson ainsi que d’Imre et Marne Van Opstal. Le dictionnaire de l’Académie française lui donne ainsi plusieurs sens. Opposition frappante entre des personnes ou des choses qui, malgré leur dissemblance, se trouvent rapprochées dans l’espace ou le temps, le terme peut également signifier le rapport entre la brillance des parties les plus claires et celle des parties les plus sombres d’une image ou encore, dans le domaine des beaux-arts, l’effet d’opposition recherché. Tout un programme en somme.

Force est de constater au cours de la soirée que lesdits contrastes s’opèrent à de multiples niveaux au fil des œuvres : entre danseurs avec la mise en exergue de différents mouvements, au niveau des lumières et des costumes, au niveau des logiques sous-jacentes à certains processus créatifs ou encore, de manière plus holistique, à l’échelle des rendus globaux des différentes œuvres chorégraphiques entre elles.

La soirée commence ainsi avec « O złożony / O composite » de Trisha Brown, sur une musique aux allures de collage de Laurie Anderson, n’étant pas sans rappeler la bande-son de Walkaround Time de Cunningham donné il y a déjà huit ans sur cette même scène. Sur scène, c’est un trio étoilé — Gilbert, Diop et Moreau — qui vient, dans ses gestuelles, articuler un alphabet épelant les dix premiers vers du poème Renascence de St Vincent Millay. La danse se fait ainsi déclamation accompagnée par la voix d’Agnieszka Wojtowitz-Voslo. Dans ce cadre, ressortent particulièrement l’excellence de Guillaume Diop dans les éléments rythmiques et surtout dans ses mouvements longilignes tandis que, à l’inverse, Marc Moreau impressionne davantage dans sa gestuelle circulaire et rotative, particulièrement au niveau des hanches et des genoux. Dorothée Gilbert, finalement, retrouve un rôle qu’elle avait déjà dansé à sa création en 2004. Tantôt chaussée de pointes, tantôt sans, elle livre une prestation toute en maîtrise qui rappelle ainsi à chacun que son statut d’étoile prévaut assurément sur la spécialisation classique qui lui a été imposée au cours de la dernière décennie.

A Paris, le Ballet de l’Opéra rend hommage à Rudolf Noureev et Jiří Kylián

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Pour la période des fêtes, le Ballet de l’Opéra de Paris a proposé deux productions, Casse-Noisette à l’Opéra Bastille et une soirée Jiří Kylián, au Palais Garnier.

Sur la première scène est reprise la production de Casse-Noisette que Rudolf Noureev avait conçue en décembre 1985 pour le Ballet de l’Opéra en sollicitant le concours de Nicholas Georgiadis pour les décors et les costumes. Par rapport à sa première version présentée à l’Opéra Royal de Stockholm en novembre 1967, il transpose l’action dans un salon de la grande bourgeoisie des années 1900, époque où Freud publiait La Science des rêves. L’onirisme y tient donc une place prépondérante. La jeune Clara, fiévreuse, éprouve les troubles de l’adolescence et les premiers émois amoureux. Le monde qui l’entoure a un aspect sordide, à commencer par la rue qui longe la demeure de la famille Stahlbaum avec cette pauvresse se chauffant à un brasero de fortune et ce miséreux joueur d’orgue de Barbarie que bousculent cinq ou six loubards agressant les invités au réveillon. Ce réalisme noir concorde avec la fantasmagorie imaginée par E.T.A. Hoffmann et adaptée par Alexandre Dumas. Dans son cauchemar, Clara voit ses parents et leurs amis métamorphosés en de monstrueuses chauves-souris à visage humain qui refusent de croire à ses rêves. Drosselmeyer, le parrain si étrange, n’offre pas, en guise de cadeau, des automates, mais préfère déguiser les trois enfants de la maison, Clara, Luisa et Fritz, en poupées articulées. Durant la nuit, qu’y a-t-il d’étonnant à ce que les souris deviennent d’énormes rats hideux et que les soldats de plomb se forment en bataillon pour livrer combat ou que le petit hussard casse-noisette cède la place à Drosselmeyer changé en Prince pour s’attaquer à la stature démesurée du Roi des souris ? Au lieu de situer le second acte en un lieu féérique, la ‘Valse des flocons de neige’ se déroule dans un parc aux allées bordées de statues amenant à une sobre salle de bal où les membres de la famille Stahlbaum prennent part à chacun des divertissements. Dans cette relecture, Rudolf Noureev supprime la ‘Danse des mirlitons’ et l’apparition de la Mère Gigogne ainsi qu’une partie de l’Apothéose pour conclure par l’image de Clara éveillée sur le seuil de sa maison, recherchant son parrain qui a disparu dans la neige.