Tout sauf Boris...

par https://cookingsystems.net/

Modest MOUSSORGSKI (1839-1881)
Boris Godounov (première version 1868/1869)
Alexander TSYMBALYUK Boris Godounov
Yulia SOKOLIK Fyodor, Eri NAKAMURA Xénia, Heike GRÖTZINGER Nourrice de Xénia, Gerhard SIEGEL Chouïsky, Markus EICHE Stchelkalov, Anatoli KOTSCHERGA Pimène, Sergei SKOROKHODOV Grigori Otropiev, Vladimir MATORIN Varlaam, Ulrich RESS Missaïl, Okka von der DAMERAU L'aubergiste, Kevin CONNERS L'innocent, Goran JURIC Nikititch, Dean POWER Boyard, Tareq NAMZI Mitiouscha, Christian RIEGER Le capitaine, Choeurs et Orchestre de l'Opéra national de Bavière, dir.: Kent NAGANO
Calixto BIEITO direction scénique
Enregistré à l'Opéra de Munich en février 2013
DVD 139'- sous-titres en anglais, français, allemand-chanté en russe- PCM stereo 5.1 Dolby Digital - 1 DVD9 NTSC.colour.16:9- BEL AIR classiques BAC 102

Un coup de poing dans l'estomac : c'est ce que l'on ressent en assistant à ce Boris Godounov catalan. Capté lors des représentations de Munich (plans et montages pour une fois vraiment cinématographiques sous la direction d'Andy Sommer) le résultat est aussi efficace qu'un thriller ! Mais, les cadrages bien plus serrés que ce qu'on peut voir du fond d'une salle rendent la violence physique et psychique du travail scénique de Calixto Bieito franchement éprouvante au DVD. Car il s'agit bien de violence, et la victime n'est pas forcément celle désignée comme telle. Sous prétexte de dénoncer la terreur fasciste -sous entendu, du Franquisme espagnol- faut il la « représenter » ? Qui exerce alors cette violence si ce n'est le metteur en scène ? Qui en est l'objet si ce n'est le public ? Que doit donc expier ce public pour subir une telle bastonnade ? Enfin - dommage collatéral mais (o combien !) considérable – le livret inspiré de la tragédie de Pouchkine, la musique de Moussorgski, la spiritualité propre à l'éternelle Russie s'estompent, remplacés par un réquisitoire sadique. Grâce aux coupures (contre -chant des moines au monastère de Tchoudovo, chanson de l'aubergiste etc..) et au choix de la version de 1869, tout se passe en « accéléré » ne laissant plus d'espace à la nécessaire dilatation spatiale propre à la musique et à la notion orientale ou slave -comme on voudra- du temps. D'ailleurs, l'action est située dans une sorte de hangar, de loft industriel où même les espaces publics sont privés de lumière. Les costumes contemporains (complets vestons, blousons de cuir informes, robes de nylon en loques, pansements, béquilles et treillis) participent de l'éradication de toute transcendance. Les caractères de même : du moine Pimène rajeuni de trente ans au faux Dimitri, veule (inimaginable séducteur de la fière Marina !). Xenia, elle, semble rescapée d'une nuit sur les trottoirs de Barbés tandis que Fiodor en écolière anglaise, parait franchement dégénéré. La nourrice, si importante chez les Russes et Moussorgsky en particulier, voit son rôle réduit au minimum. Reste le bel Alexander Tsymbalyuk, Boris -homme d'affaire qui semble si peu accessible aux tourments, aux remords, aux scrupules et dont la folie ressemble à une overdose plutôt qu'au débordements d'une vie intérieure – que d'ailleurs la mise en scène lui interdit. Aussi lisses et anonymes sont les autres protagonistes, y compris les sinistres et méchants clowns Varlaam et Missaïl. Pourtant, l'orchestre et les chœurs bavarois conduits par la baguette acérée de Kent Nagano laissent entrevoir la somptuosité de ce chef d’œuvre d'autant que toutes les voix sont belles y compris celle de l' innocent (habillé goulag) au chant poignant : « Coulez, coulez larmes amères... » !
Bénédicte Palaux Simonnet

Les commentaires sont clos.