Capriccio de Richard Strauss à Paris

par

Joseph Kaiser (Flamand), Michaela Kaune (Die Gräfin) et Adrian Eröd (Olivier)
© Opéra national de Paris/ Elisa Haberer

Comédie en musique et pastiche néo-classico-baroque: ainsi pourrait-on présenter ce Capriccio de Richard Strauss (son dernier ouvrage scénique, créé le 28 octobre 1942 à Munich) sous-titré par lui-même Ein Konversationstück für Musik. Certes, cette «conversation pour la musique» se veut un bel hommage à la France du XVIIIe siècle puisqu'elle se situe dans un château francilien (Champs?) et reflète aussi la dispute (bien parisienne!) des “gluckistes” et des “piccinniste” mais avec une salade d' allusions à Rameau, aux Bouffons et surtout, une forte teinture... germanique. Car si la comtesse Madeleine trop tôt veuve se trouve aux prises avec deux soupirants -le musicien Flamand, gluckiste et le dramaturge Olivier, avocat du verbe, c'est qu'elle ne sait guère vers qui va son cœur... et son imagination. Dès lors, comment pourrait-elle décider lequel prime sur l'autre? Spécieux dilemme que le spectateur résout d'emblée mais qui , pour les besoins de la scène, va s'étirer … en 2 heures 25. Dans Le Bourgeois gentilhomme (Acte I, scènes 2 et 3), la querelle entre les quatre maîtres -d'armes, de musique, de philosophie et à danser- ne dure que dix minutes! C'est le côté “intello” de l’œuvre, délibérément factice et germanique dans ses développements, qui se retrouve “en miroir” à travers le décor des coulisses -valets impeccables dans leur queue de pie en plastron blanc prodiguant courbettes, coupes de champagnes et autres “Delikatessen” à profusion -mais aussi les panneaux gris qui coulissent pour dévoiler le versant “vie” de l’œuvre: splendide salon aux lustres et torchères dignes de la Galerie des Glaces… Double, triple... infinie mise en abîme dont use en magicien le metteur en scène Robert Carsen. Avec les décors de Michael Levine tour à tour ascétiques ou somptueux, les merveilleux costumes d'Anthony Powell et les lumières de Robert Carsen et Peter van Praet offrent des instants éblouissant de mille feux dont l'image reste prégnante longtemps après le spectacle. Mais, en même temps, le décalage est amplifié avec une virtuosité aussi perverse que séduisante qui renforce l'impression de malaise, d'artifice émanant de cette partition. Car tous les codes ramistes, mozartiens, belcantistes sont à la fois magnifiés, coupés de leur signification profonde et résolument faussés. Si bien qu'une certaine froideur résulte de cette trop longue querelle et que l'émotion affleure seulement au moment de la déclaration amoureuse du musicien Flamand et, bien entendu, dans la scène finale. En cela, Capriccio, plus complexe qu'il n’y paraît, reflète parfaitement son temps (1942). Ici, il est servi par une distribution cohérente où le couple incestueux du Comte -Bo Skovus de fière allure- et de la Comtesse, sa soeur -lumineuse Michala Kaune- scintille au milieu des prétendants (Joseph Kaiser et Adrian Eröd), du directeur La Roche (Peter Rose), de l'actrice Clairon (Michala Schuster), des Italiens (Barbara Bargnesi et Manuel Nunëz Camelino vocalisant et jouant à ravir), des huit serviteurs menés par le majordome plein d'autorité de Jérôme Varnier et de la très gracieuse jeune ballerine, Laura Hecquet. Le tout serti dans une musique d'une extrême beauté, sextuor, trio instrumentaux... chaque détour de ces pages étant articulé avec délectation par Philippe Jordan à la tête de l'Orchestre de l'Opéra. Enfin, s'impose le Finale tout entier parce qu'ici Richard Strauss a trouvé la synthèse qui n'a d'autre nom que Poésie: bouleversant Finale d'une suprême beauté, d'une délicatesse infinie. Bénédicte Palaux Simonnet Paris, Palais Garnier, le 25 septembre 2012  

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