Luxueux !

par

Mariss Jansons et le Concertgebouw d’Amsterdam
Les grandes fresques chorales ne sont pas -ou plus- fréquentes dans les programmes de nos salles de concert. Une bonne raison, dès lors, de nous réjouir du luxueux Requiem allemand de Brahms qui nous fut offert par un chef et une phalange des plus prestigieux. Le Selig sind initial fut pris dans un tempo très allant qui évacuait d’office toute idée de recueillement. Le fameux Groot Omroepkoor, fondé en 1945, y fit la démonstration de son professionnalisme bien connu, encore que l’on regretta que les pupitres d’hommes, en particulier les basses, fussent visiblement déséquilibrés au profit des sopranos et altos. La deuxième partie, presque implacable dans sa détermination, impressionna dans la force de ses tutti. Légère déception par contre dans les passages très legato de ce mouvement où l’on aurait pu espérer une approche plus caressante. Mais le chef inscrivit et cette partie et l’oeuvre tout entière dans une optique résolument puritaine et volontariste, plutôt rare si on tente la comparaison avec l’abondante discographie de cette partition. Le ton fut le plus souvent sévère, presque roide, ce qui n’empêcha nullement la phalange amstellodamoise, en très grande forme, de déployer en grande pompe ses ors et ses velours. Dans Herr, lehre doch mich, Gerald Finley proposa son baryton un peu clair dans un style qui ne fut pas sans rappeler Dietrich Fischer-Dieskau; une prestation impeccable mais qui manqua peut-être d’un peu de chaleur pour convaincre totalement: n’est pas Hans Hotter qui veut… Le quatrième mouvement, résolument pris forte, fut assez avare de délicatesse et l’on constata une fois encore une lecture un peu trop carrée et toute en verticalité, très corsetée et sans le moindre abandon. L’intervention de Genia Kühmeier dans la cinquième partie, Ihr habt nun Traurigkeit, manqua de charisme, d’un peu de puissance sonore et, surtout, d’une diction digne de ce nom, même si l’on apprécia un assez beau soprano, très corsé. On resta très éloignés, toutefois, de l’inaccessible Elisabeth Grümmer qui régla la question, probablement une bonne fois pour toutes, il y a bien longtemps déjà. La jeune cantatrice autrichienne eut malgré tout beaucoup de mérite dans cette participation, courte mais difficile, et fut aidée à merveille par un tapis orchestral d’une rare opulence. Retour ensuite à Gerald Finley dans l’avant-dernière partie et dont la voix, décidément un peu trop pincée, fut loin de l’idéal dans ce contexte. Par contre, la vaillance du choeur fut une fois encore remarquable et l’ensemble du mouvement eut grande allure grâce à son engagement. Apothéose, enfin, avec Selig sind die Toten, simplement parfait. En bref, un très beau concert, à n’en pas douter un des temps forts de cette saison, où les quelques regrets que l’on put ressentir ne vinrent pas ternir le grand succès de l’entreprise.
Bernard Postiau
Bruxelles, Palais des Beaux-Arts, le 23 septembre 2012

 

 

 

 

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