Perahia surclasse de légendaires interprétations...

par
Perahia

Ludwig van BEETHOVEN
(1770 – 1827)
Sonates “Hammerklavier” op.106 et “Clair de lune” op.27/2
Murray Perahia, piano
2018 DDD 55’42 Livret anglais, allemand, français CD DG 479 8353

Après les Suites françaises de Bach, voici le deuxième enregistrement de Murray Perahia pour DG. Le pianiste américain a cette fois choisi deux sonates de Beethoven parmi les plus célèbres. Tout d’abord, l’immense “Hammerklavier” op.106. Dès les premiers accords, il est clair que l’on est en présence d’une interprétation exceptionnelle. La sonorité claire du pianiste nous saute aux oreilles avec une telle évidence que l’on ne peut plus envisager de la jouer autrement. Perahia se joue des difficultés de cette sonate de façon ahurissante. Après le court scherzo, voici déjà le mouvement lent, l’un des plus longs écrits jusque là. Beethoven a composé cette sonate après avoir reçu d’Angleterre un nouveau type de piano, un Broadwood. Cela lui a permis de se rapprocher de son idéal de piano symphonique, ce que traduit bien ce mouvement lent. Liszt saura s’en souvenir. “La transition avec le finale est une improvisation notée, et c’est une musique stupéfiante, incroyable. Les gens étaient émus aux larmes par les improvisations de Beethoven, et ce passage est ce qui s’en rapproche le plus” (Murray Perahia dans les notes du carnet). Nous sommes au début du finale, et cette improvisation nous conduit à une fugue complexe entammée à un tempo d’enfer par Perahia, qui l’envisage comme libération après la tristesse du mouvement lent. Voilà donc une “Hammerklavier” qui fera date. Elle surclasse quelques légendaires interprétations comme celles d’Arthur Schnabel, de Willem Kempff, d’Alfred Brendel, d’Emil Guilels ou de Maurizio Pollini. On peut difficilement imaginer de plus grand contraste avec une autre sonate que celle dite “Au clair de lune”. Le célèbre premier mouvement, Adagio sustenuto, est ici joué dans un tempo plutôt allant, évitant ainsi d’en faire une musique sirupeuse telle qu’on l’entend parfois. A nouveau, l’évidence s’impose : on ne peut plus l’envisager autrement après avoir écouté Perahia, qui évoque dans son interview un lac suisse, avec une harpe éolienne. Le menuet Allegretto est joué moins rapidement que beaucoup de pianistes, comme il le faut pour un menuet. Le Presto agitato tient, quant à lui, ses promesses. Un extraordinaire album donc, un joker franc et incontestable, l’un des disques de l’année assurément. Reste une question : quelle est donc cette photo mystérieuse qui orne l’intérieur du digipack ?
Dominique Lawalrée

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