Herbert von Karajan, 115 ans
Le chef autrichien Herbert von Karajan est né le à Salzbourg et décédé le à Anif (près de Salzbourg).
Spécialiste du répertoire austro-germanique et d'Europe centrale ainsi que de l'opéra italien, il a laissé près de six cents enregistrements chez Deutsche Grammophon, EMI et Decca.
Son nom de naissance est Heribert, Ritter von Karajan (chevalier de Karajan). Karajan est né dans une famille de Salzbourg dont un ancêtre paternel était originaire de Grèce.
Son arrière-arrière-grand-père, l'Aroumain Geòrgios Johannes Karajànnis, originaire de Kozani, partit pour Vienne en 1767 puis pour Chemnitz en Saxe. Son fils et lui furent anoblis par l'électeur de Saxe, Frédéric-Auguste III, le en reconnaissance de leur contribution au développement de l'industrie textile saxonne. Karajànnis devint Karajan, auquel fut ajoutée la particule von, marque de l'appartenance de la famille à la noblesse autrichienne.
Il est le second fils d'Ernst, chirurgien et directeur du principal hôpital de Salzbourg, et de Martha Cosmac, issue d'une famille de notables de la région de Graz.
Son père, qui est clarinettiste au Mozarteum de Salzbourg, initie tôt ses enfants à la musique. Son frère aîné Wolfgang se révèle peu doué pour le piano mais Herbert profite des leçons laborieuses de Wolfgang. De 1916 à 1926, il étudie au Mozarteum de Salzbourg. Le directeur, Bernhard Paumgartner, le prend sous son aile et devient son mentor, lui conseillant de se concentrer sur la composition et la direction d'orchestre, conversion favorisée par une tendinite chronique qui affecte ses doigts.
Il poursuit ses études musicales à l'Académie de musique de Vienne auprès du professeur Franz Schalk.
Herbert von Karajan fait ses débuts officiels de chef d'orchestre en 1929 en dirigeant Salomé de Richard Strauss à Salzbourg et devient, jusqu'en 1934, premier maître de chapelle de l'Opéra d'État d'Ulm. En 1933, il fait ses débuts au Festival de Salzbourg.
La même année, il présente à Salzbourg une première demande d'adhésion au Parti nazi, qui n'aboutit pas à cause des restrictions décidées au sein du parti nazi après l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler ; mais il y adhère finalement deux ans plus tard, en , notamment pour obtenir le poste de chef de l'Orchestre Symphonique du théâtre d'Aix-la-Chapelle.
En 1935, il est le plus jeune directeur musical (Generalmusikdirektor) allemand et il est invité à diriger à Stockholm, Bruxelles et Amsterdam. En 1937, il fait ses débuts à la tête de l'Orchestre Philharmonique de Berlin et de l'Opéra national dans Fidelio.
En 1938, il obtient un grand succès à Berlin en dirigeant Tristan et Isolde ; un critique berlinois titre ainsi son article : « Das Wunder Karajan » (« Le miracle Karajan »).
Il devient alors un pion utilisé contre Wilhelm Furtwängler dans la guerre interne qui oppose Joseph Goebbels à Hermann Göring pour le contrôle du monde musical allemand, Goebbels soutenant l'Orchestre Philharmonique de Berlin et Goering l'Opéra national.
Le , il épouse la chanteuse d'opérette Elmy Holgerloef. Ils divorcent en 1942, Herbert se remariant le de la même année avec la jeune héritière d'une grande dynastie d'industriels allemands, Anna Maria, dite Anita Gutermann.
En 1939, Karajan s'attire l'inimitié d'Hitler lors d'un concert de gala donné en l'honneur des monarques yougoslaves, en raison de l'erreur du baryton Rudolf Bockelmann. Furieux, Hitler ordonne à Winifred Wagner: Moi vivant, Herr von Karajan ne dirigera jamais à Bayreuth. Karajan reste cependant à la tête de l'orchestre de la Staatskapelle de Berlin à l'Opéra national. Son engagement nazi, jamais assumé mais toujours sous-jacent, lui permit de diriger plusieurs concerts dans Paris occupé en 1941 et 1942 à l'Opéra Garnier à la tête de l'Orchestre Philharmonique de Berlin.
Après la guerre, en 1947, il est « dénazifié » par les Alliés et pris sous contrat par Walter Legge, pour devenir l'année suivante chef d'orchestre permanent du Philharmonia Orchestra à Londres. À la réouverture du Festival de Bayreuth en 1951, ainsi que l'année suivante, il est invité à diriger l'orchestre du festival, notamment dans un Tristan et Isolde devenu légendaire.
Wilhelm Furtwängler meurt fin 1954. Karajan est nommé en 1955 chef à vie de l'Orchestre Philharmonique de Berlin à la succession de l'illustre chef allemand.
Sa nomination signe le départ de Sergiu Celibidache, chef associé du Philharmonique de Berlin, à qui Karajan lui vouait une inimitié. Ce dernier ne redirigera le Philharmonique qu'une seule fois, en 1992, après la mort de Karajan et son nom ne fut rétabli parmi la liste des chefs titulaires que tardivement par Simon Rattle lors de sa prise de fonction à la tête du Philharmonique de Berlin en 1999.
Karajan est alors à la tête de l'orchestre qui est considéré, à l'époque, et depuis longtemps déjà, comme le plus prestigieux du monde et peut se considérer comme l'héritier de la plus grande tradition allemande de direction orchestrale (Richard Wagner, Hans von Bülow, Arthur Nikisch et Wilhelm Furtwängler).
En 1955, après un premier concert à New York, il fait avec l'orchestre une grande tournée aux États-Unis, qu'il renouvelle l'année suivante. C'est dans ces années que se met en place le « système Karajan » très élaboré, qui consiste à faire travailler l'orchestre en studio avant d'enregistrer les opéras sur disque, de sorte qu'au moment des représentations sur scène, l'orchestre est parfaitement rodé.
En 1956, Karajan prend la direction artistique du Festival de Salzbourg, qu'il ne quittera pas jusqu'en 1988. En 1957, il succède à Karl Böhm en tant que directeur artistique de l’Opéra d’État de Vienne, poste qu'il quitte en 1964 sur une brouille. En 1967, il crée le Festival de Pâques de Salzbourg, tout en restant à la tête du Festival de Salzbourg. C'est alors qu'il enregistre au disque, jusqu'en 1971, un Ring qui fait date par son parti-pris de transparence sonore et de légèreté orchestrale.
De 1969 à 1971, il est le directeur artistique de l'Orchestre de Paris. En 1977, il retrouve l'Orchestre Philharmonique de Vienne pour la première fois depuis 1964 ; il n'y sera plus jamais directeur, mais chef invité.
À l'orée des années 1980, Herbert von Karajan joue un rôle capital dans le développement de l'enregistrement numérique et du disque compact, dont le premier exemplaire voit le jour le grâce à une collaboration entre Sony et Philips dans une usine à Langenhagen, près de Hanovre. Herbert von Karajan a noué une relation privilégiée avec Norio Ohga, président de Sony, tout en étant affilié à Deutsche Grammophon (Philips) : alors que Sony et Philips débattent du format du nouveau produit, sa proposition d'enregistrer sa version de la 9e Symphonie de Beethoven, enregistrée en 1951 au Festival de Bayreuth, est décisive dans le choix du format avancé par Sony. Le premier CD classique est un enregistrement d'Une symphonie alpestre de Richard Strauss avec l'Orchestre Philharmonique de Berlin.
En 1982, il entre en conflit avec son orchestre en tentant d'imposer Sabine Meyer au poste de clarinette solo, dans une formation alors quasi exclusivement masculine. C'est le début d'une période tendue avec « ses » musiciens de Berlin qui le verra de plus en plus souvent diriger à Vienne. En 1987, il dirige le Concert du Nouvel An au Musikverein de Vienne avec la soprano Kathleen Battle.
Il donne son dernier concert parisien en 1988 au Théâtre des Champs-Élysées, avec La Nuit transfigurée de Schönberg et la 1ère Symphonie de Brahms.
Le , il donne au Musikverein de Vienne son dernier concert, avec la Philharmonie de Vienne et au programme la 7e Symphonie de Bruckner.
Usé par la douleur au dos qui le contraint à porter un corset rigide, il démissionne le de l'Orchestre Philharmonique de Berlin, et réalise le même jour, chez Deutsche Grammophon et avec l'Orchestre philharmonique de Vienne, son dernier enregistrement, celui de la 7e de Bruckner.
Le suivant, il meurt d'une crise cardiaque dans sa maison d'Anif.
Karajan a exploré un très vaste répertoire allant du baroque jusqu’à la musique du xxe siècle. Toutefois, son nom reste surtout attaché aux « piliers » du répertoire germanique. Son répertoire est en fait celui des autres chefs de sa génération, voire plutôt de la génération précédente. S’il montre dans Mozart, surtout dans les années 1950, un naturel assez nouveau, ni Schubert ni Schumann ne font vraiment partie de son univers. Ses interprétations de Haydn, et plus encore de Bach, ne sont pas de sa spécialité.
Les œuvres du xxe siècle qu’il a dirigées étaient soigneusement choisies : le Concerto pour orchestre de Bartók, Le Sacre du printemps de Stravinsky, la Symphonie no 10 de Chostakovitch et quelques autres (Honegger, Nielsen).
Dans les années 1970, il ajoute à son répertoire quelques œuvres de l’« École de Vienne » et de Gustav Mahler (les symphonies nos 4, 5, 6, 9 et Le Chant de la terre). Avec Anton Bruckner également, il entretient la même relation que des chefs nés quinze ans avant lui : si ses 4e, 5e, 7e, 8e et 9e Symphonies font partie du cœur de son répertoire, il ne s’aventure que rarement dans les autres, qui semblent moins bien lui convenir.
En définitive les compositeurs qu’il a le plus pratiqués et dans lesquels il est le plus reconnu sont Beethoven, Brahms, Tchaïkovsky, Sibelius, Puccini, Wagner et Richard Strauss. Il faut toutefois souligner l'importance qu'il a accordée à la musique de Sibelius.
Concernant son style de direction, il appartient à une génération de chefs germaniques de culture et d’école, mais influencés par quelques chefs latins, italiens surtout, particulièrement Toscanini et De Sabata. Par rapport à des chefs d’une génération antérieure, cela se traduit par des tempos plus stables et une plus grande transparence, tout en conservant un son orchestral de culture germanique, large et puissant. Même si le style de Karajan a évidemment évolué au cours de sa carrière, ces caractéristiques se sont maintenues, avec toutefois une prédilection croissante pour le legato et le son.
Son legs discographique est considérable : il a enregistré jusqu'à quatre ou cinq fois certaines œuvres (les poèmes symphoniques de Richard Strauss, la Missa Solemnis de Beethoven, l'intégrale des symphonies de Beethoven, l'intégrale des symphonies de Brahms, Un requiem allemand de Brahms).
Il installa à Monaco sa maison d'édition, Télémondial, qui réalisa les premiers vidéo-disques importants de l'histoire de la vidéo contemporaine.