Sylvia Huang et Boris Kusnezow enchantent à Flagey

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On ne reprochera pas à Sylvia Huang, violoniste justement appréciée du public bruxellois depuis sa brillante place de finaliste du Concours Reine Elisabeth en 2019 et actuellement Konzertmeisterin de La Monnaie, et au pianiste Boris Kusnezow d’avoir mis à profit leur récital à Flagey pour présenter dans un concert sans entracte d’un peu plus d’une heure le programme de leur nouvel album intitulé Ode to Mother Nature (paru chez Fuga Libera) et d’avoir offert au public remplissant jusqu’au dernier siège du Studio 1 du paquebot des Étangs d’Ixelles un choix d’oeuvres placées sous le signe des saisons changeantes et d’une nature toujours frémissante.

C’est  avec une très subtile interprétation de D’un matin de printemps de Lili Boulanger, cette compositrice si douée et fauchée bien trop tôt par la maladie, que Sylvia Huang -qui présente d’ailleurs chaque morceau en anglais (ça fait plus international)- et son excellent partenaire Boris Kusnezow, qu’on félicitera d’avoir réussi à parfaitement maîtriser l’acoustique très réverbérante du Studio 1, font preuve de la finesse et de la pudeur que cette brève oeuvre requiert. Suit la méconnue Première sonate pour violon et piano « Printemps » de Dora Pejačević (1885-1923), cette compositrice croate de grand talent qu’on redécouvre depuis peu. Sylvia Huang adopte à présent un son plus opulent et un phrasé plus généreux dans cette oeuvre d’un romantisme élégant et sans lourdeur d’une compositrice à l’impressionnant don mélodique (on pense par moments aussi bien à Mendelssohn qu’à Saint-Saëns). Quant à Kusnezow, il fait preuve d’une grande aisance dans cette partition qui exige beaucoup du pianiste également. Après un deuxième mouvement solaire, cette belle découverte se termine sur un Finale vif et gai. 

Du printemps on passe à l’été, avec les Summer Thoughts du compositeur finlandais Einojuhani Rautavaara. Même si l’été nordique, pensif et méditatif, n’a rien de brûlant, la violoniste déclame la musique de belle façon et avec une impressionnante égalité d’archet.

On nous pardonnera un manque d’enthousiasme pour Automn Rythm de la  compositrice française Camille Pépin. Dans le droit fil du minimalisme de Philip Glass ou Steve Reich, elle bâtit sa musique sur des ostinati confiés surtout au piano, alors que le violon a droit à quelques échappées lyriques de temps à autre. L’effet mécanique et répétitif de cette musique, certes écrite avec soin, finit hélas par lasser.

Heureusement, notre voyage se poursuit avec une pièce d’un tout autre calibre, le beau et émouvant Chant d’hiver d’Eugène Ysaye. Marchant sans peut sur les traces de l’illustre violoniste et compositeur belge, Sylvia Huang vit vraiment cette belle musique de l’intérieur. Elle nous ravit ici par son sens du récit, son naturel, son aisance, sa subtilité dans ce très beau morceau dont le romantisme intense rappelle un peu le Poème de Chausson.

Ce beau récital  se termine sur Au soir, deuxième partie de la Journée de printemps d’un autre auteur de qualité négligé, Gabriele Dupont, dont les interprètes évoquent parfaitement la sérénité et la douce nostalgie.

Chaleureusement applaudis, pianiste et violoniste accordent au public un joli bis sous la forme d’une transcription pour violon et piano de l’une des Pièces lyriques pour piano de Grieg, Au printemps. 

Et c’est ainsi que se clôture une très belle soirée. 

Flagey, 4 novembre 2025.

Crédits photographiques : Johan Jacobs

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