Deux premiers prix au 79e Concours de Genève - alto

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Le 79e Concours de Genève, consacré à l’alto, s’est achevé dans la soirée du 12 novembre, au terme de sept mois de sélection et de compétition. Le jury, présidé par Tabea Zimmermann, a décerné deux premiers prix ex æquo à la Suissesse Sarah Strohm, 20 ans, et à l’Américain Brian Isaacs, 25 ans, ainsi que le deuxième prix à la Japonaise Ayaka Taniguchi, 23 ans.

Le Concours de Genève, qui a la particularité de changer chaque année de discipline, n’avait pas proposé l’alto depuis 2005. C’était donc une occasion précieuse pour de jeunes altistes qui disposent moins fréquemment que leurs collègues violonistes ou violoncellistes d’une telle tribune pour faire valoir leur instrument. Au total, 91 musiciens âgés de 14 à 28 ans et issus du monde entier ont présenté une candidature vidéo début mai, à l’issue de laquelle 36 d’entre eux ont été retenus. Après l’épreuve du récital en ligne en septembre, la demi-finale sur place s’est ouverte le 8 novembre. Elle comprenait trois volets — un récital solo d’un programme libre de 50 à 60 minutes, une session de musique de chambre avec deux œuvres imposées de Mozart et de Berio, et la présentation d’un projet artistique. Enfin, lors de la dernière étape avec l’Orchestre de la Suisse Romande sous la direction de Cornelius Meister, le 12 novembre, les trois finalistes devaient interpréter en création Nouvel élan, œuvre composée par Léo Albisetti, Premier Prix du Concours de composition 2024, ainsi qu’un des quatre concertos proposés (Bartók, Beamish, Hindemith ou Penderecki).

Sarah Strohm, dynamisme, ouverture et caractère

La Suisesse Sarah Strohm est la première à monter sur scène. Actuellement étudiante au CNSMD de Paris auprès de Jean Sulem, elle affirme fortement sa personnalité musicale et déploie une sonorité ample et soutenue. Très à l’aise dans le répertoire contemporain, elle rayonne par sa présence scénique tout en préservant une concentration remarquable. Dans la vidéo de auto-présentation diffusée avant son passage, elle affirmait déjà son attrait pour ce répertoire. Son dynamisme et sa capacité à entrer instantanément dans l’œuvre, avec conviction et assurance, constituent un atout majeur. Ses phrasés semblent véritablement « vectorisés », pour reprendre l’image qui vient immédiatement à l’esprit : ils indiquent clairement la direction dans laquelle elle souhaite mener la musique. Dans Nouvel élan, elle parvient à détacher la voix de son alto de l’orchestre en tutti, et, à d’autres moments, à entrer dans une forme de connivence avec lui, presque en lui chuchotant. Dans le concerto de Bartók, son énergie insuffle un indéniable vent de fraîcheur. Le choix de programme paraît en parfaite adéquation avec son tempérament, ce qui a manifestement impressionné le public.

Ayaka Taniguchi, la finesse dans le son et la construction

La Japonaise Ayaka Taniguchi, étudiante à la Hochschule de Francfort auprès de Tabea ZImmermann, se distingue par une finesse de jeu inimitable. Ses phrasés, soigneusement pensés et dessinés, témoignent d’une attention aiguë au détail, portée par des nuances délicates, sans que jamais la vision d’ensemble ne se perde. Toutefois, ce soir de finale, l’orchestre, animé d’un élan plutôt vigoureux, tendait parfois à couvrir son expressivité. On a également eu le sentiment que son style pourrait être mieux mis en valeur dans un autre répertoire que celui des deux œuvres interprétées (elle avait elle aussi choisi le concerto de Bartók). Cela reste néanmoins à confirmer, n’ayant pas entendu ses prestations des épreuves précédentes.

Brian Isaacs, grand technicien et expérience scénique avérée

Chez Brian Isaacs, également étudiant à la Hochschule de Francfort auprès de Tabea ZImmermann, on reconnaît sans peine une technique solide et une grande aisance instrumentale. Sa posture, tout comme la manière dont il adresse son regard aux différents points de la salle selon ses orientations corporelles, révèle une expérience déjà riche de la scène. Toutefois, dans Nouvel élan comme dans le concerto de Hindemith, une forme d’affirmation personnelle semblait lui manquer. Malgré sa musicalité, il peine ainsi à convaincre pleinement au terme de ces deux interprétations, surtout face à deux jeunes femmes dont les personnalités artistiques s’imposent plus nettement. A-t-il montré d’autres qualités lors de la demi-finale ? La question reste ouverte.

Résultat inhabituel

La délibération a duré une heure, le jury paraissant partagé. Lors de la remise des prix, Tabea Zimmermann a d’ailleurs déclaré clairement que la décision avait été difficile. Les jurés ont finalement opté pour ce qui ressemble à un compromis : pas de troisième prix. Mais, au lieu d’attribuer deux deuxièmes prix, ils ont choisi de remettre deux premiers prix — une décision qui a surpris plus d’un auditeur dans la salle. Outre les prix officiels, de nombreux prix spéciaux, offerts par divers organismes, associations et mécènes, ont été décernés, dont plus que la moitié à Sarah Strohm.

La prochaine édition, la 80e, sera consacrée à la direction d’orchestre. Les six demi-finalistes sont déjà connus, à l’issue des deux tours organisés les 31 octobre et 3 novembre à Genève. D’ici novembre 2026, ils participeront à une série d’activités de développement professionnel, de master classes, d’ateliers et de rencontres avec des orchestres destinées à nourrir leur personnalité musicale. Ces accompagnements remarquables font partie des particularités du concours, qui privilégie avant tout l’évolution de l’artiste.

Palmarès 

Premier Prix ex aequo : Sarah Strohm et Brian Isaacs
Deuxième Prix : Aya Taniguchi
Prix du public :  Sarah Strohm
Prix du jeune public : Sarah Strohm
Prix des étudiants : Sarah Strohm
Prix rose-marie huguenin (bourse personnelle) : Sarah Strohm, Brian Isaacs et Aya Taniguchi
Prix de la société des arts : Sarah Strohm
Prix des musiciens de l’ossr : Sarah Strohm
Prix des concerts de jussy : Sarah Strohm
Prix de la fondation etrillard (pour le projet artistique) : Aya Taniguchi
Prix hindemith : Aya Taniguchi
Prix de musique de chambre : Alessandra Yang
Prix odyssée frank martin : Aya Taniguchi

Épreuve finale et la remise du prix du 12 novembre, à Victoria Hall de Genève.

Victoria Okada

Crédit photographique : Anne-Laure Lechat

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