Julien Chauvin et son Concert de la Loge nous restituent Mozart dans toute sa simplicité essentielle

par

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). Cosi fan tutte K588 (ouverture), Symphonie concertante pour violon, alto et orchestre K 364, Symphonie n°39 K543. Julien Chauvin, violon, Amihaï Grosz, Le Concert de la Loge. 2025. Textes de présentation en français, anglais et allemand. 60’50. Alpha 996. 

Julien Chauvin et son Orchestre du Concert de la Loge s’est révélé au disque avec saremarquable intégrale des symphonies parisiennes, de Haydn, judicieusement associées à des pages contemporaines également écrites pour l’orchestre de la Loge Olympique à Paris. On sait que la jalousie mesquine du Comité Olympique français les a empêchés de reprendre à leur nom le titre de l’orchestre dont ils servent admirablement la mémoire.

Dans la foulée, Julien Chauvin s’est lancé dans une opération « Simply Mozart » dans un souci de restituer au compositeur la couleur et la fraicheur des œuvres du Salzbourgeois telles que Paris a pu les découvrir. La redécouverte dans des pratiques historiquement informées de l’œuvre de Mozart a certes donné lieu à des interprétations engagées, de Nikolaus Harnoncourt à Jeremy Rhorer qui ont constitué des chocs salutaires. On se demandait quand même parfois si la clarté élégante du style mozartien ne pouvait s’exprimer dans des formes moins excessives. Et c’est justement cette démarche qu’a recherché Chauvin. Ce Mozart est svelte et aéré, alliant une vitalité bondissante à des moments d’une intense méditation.

Cette pratique, il l’applique chaque fois à deux versants de l’héritage mozartien autour de la trilogie des trois dernières symphonies : les ouvertures des trois opéras sur des livrets de da Ponte (Le Nozze di Figaro, Don Giovanni et Cosi fan tutte) et une œuvre concertante majeure (concerto pour piano n¨23 K488, concerto pour violon n°3 K 216 et symphonie concertante K 364). Avec chaque fois le même souci de clarté des textures, de précision des rythmes et de vivacité révélatrice.

Et voici que le 3e volume pousse la démarche encore plus loin. Caracolant avec enthousiasme, l’ouverture de Cosi n’a rien d’une folle cavalcade et permet au contraire un dialogue fertile entre les instruments solistes dans une élégante conversation.

Le propos se concentre davantage dans la 39e symphonie dont Julien Chauvin souligne sans excès la grandeur latente non sans nous faire savourer toute la force dansante de son menuet ou la vitalité emballante de son allegro final. Le discours gagne encore en intensité dans la symphonie concertante K364 où le dialogue du violon et de l’alto atteint des sommets de complicité chaleureuse pour ensuite s’envoler dans un presto final vraiment endiablé.

Julien Chauvin qui tient la partie de violon avec le même équilibre scrupuleux que dans son 3e concerto du disque précédent a invité une grande pointure à se joindre à lui, Amihai Grosz, l’ancien altiste du Quatuor de Jerusalem qui occupe désormais le poste d’alto solo des Berliner Philharmoniker.

Et Le Concert de la Loge suit tout au long du programme ces impulsions dans une osmose totale. Mozart respire alors avec une franchise directe, ses trouvailles orchestrales sonnent naturellement, le tissu sonore est limpide mais subtilement articulé. On peut dire que Julien Chavin et ses musiciens animent leur discours historiquement engagé en suscitant sans excès, le texte de l’intérieur, nous rendant Mozart merveilleusement proche.

Son : 10. Livret : 10. Répertoire 10. Interprétation : 9.

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