Charmant programme de Noël associé à la basilique Santa Maria Maggiore de Rome
Noël à la Bethléem de l’Occident. Alessandro Scarlatti (1660-1725) : Messa per il Santissimo Natale. Non so qual piu m’ingombra. Beata Mater. O Magnum Mysterium. Giovanni Giorgi (?-1762) : Messa a quattro concertata con violini per la notte di Natale. Carlotta Colombo, soprano. Coro e Orchestra Ghislieri, Giulio Prandi. Marco Piantoni, Alberto Stevanin, violon. Jorge Alberto Guerrero, violoncelle. Mario Lisarde Beinat, contrebasse. Francesco Tomasi, théorbe. Deniel Perer, orgue. Livret en anglais, français, italien. Mars 2025. 69’19’’. Arcana A 587
Fondé il y a quelque deux décennies, spécialisé dans le répertoire sacré du settecentesco, l’ensemble Ghislieri avait inauguré sa collaboration avec le label Arcana par un CD capté en mai 2016, consacré à deux raretés de Pergolèse (1710-1736). Le collectif mené par Giulio Prandi n’a pas chômé en cette année 2025 où l’on commémorait le tricentenaire de la disparition d’Alessandro Scarlatti. Amorcée en mars dernier au Concertgebouw d’Amsterdam et achevée en novembre à l’Accademia di Santa Cecilia de Rome, la série de concerts en hommage au Palermitain avait en septembre fait escale au Festival d’Ambronay.
En amont de ce parcours, la Scuola della Carità de Padoue accueillait ces sessions conçues autour du thème de Noël et de la basilique romaine Sainte-Marie-Majeure à laquelle sont associées les œuvres ici entendues. Dans un cadre aussi légitimement inspirant, « ce paysage sonore est le véritable protagoniste du programme » selon le texte rédigé par Giulio Prandi dans la notice. Voué à la dévotion mariale, ce sanctuaire fut surnommé « la Bethléem de l'Occident » car outre une crèche en marbre d'Arnolfo da Cambio, elle conserve, croit-on, les reliques du berceau et des langes de l'Enfant Jésus. En 1707, Scarlatti y fut nommé maître de chapelle, un poste qui le retint brièvement mais lui permit d’animer les festivités de la liturgie de la Nativité.
À cette occasion furent écrits la Messa per il Santissimo Natale mais aussi les deux motets en stile antiquo à vocation processionnelle (Beata Mater ; O Magnum Mysterium) qui au sein de ce disque encadrent la séduisante cantate pastorale Non so qual piu m’ingombra. Gage d’un récital organisé en symétrie, une autre messe conclut l’album, dans une veine plus moderne voire galante : celle per la notte di Natale, elle-aussi préservée dans les archives de la basilique, et qui constitue un des nombreux témoignages de Giovanni Giorgi pour les offices de Noël en ce lieu.
En 2004 sous étiquette Stradivarius, l’équipe Festina Lente inscrivait la Messe de Scarlatti dans un contexte élargi, alternant pages d’orgue de Bernardo Pasquini (1637-1710) et célébration en grégorien. Instruite de l’édition établie par Luca Della Libera, l’exécution s’en tient ici strictement à la partition et à un effectif minimal, combinant deux petits chœurs. Dans la mate acoustique de la Sala del Capitolo et son plafond en damier boisé, les neuf chanteurs du Coro Ghislieri s’y distinguent par netteté et justesse, cernant avec soin le tissu émotionnel de chaque séquence. Regrettera-t-on seulement la sonorité un peu mince et aigre des deux violons qui acidifient la concertation ? On appréciera d’autant l’onction archaïsante mais melliflue des deux motets, subtilement escortés par les tuyaux de Deniel Perer.
Soliste de la cantate, Carlotta Colombo prodigue une voix souple et charmeuse dans le Che sarà?, puis se montre tendre à souhait dans l’alla siciliana du second air, naïf comme une enluminure, qui s’émeut de la venue du messie. Pour la Messa per il Santissimo Natale, on pourra choisir entre la version du Concerto Italiano de Rinaldo Alessandrini (Naïve, janvier 2008) et la présente mouture, aussi lisible que suggestive. Magnifique, extatique conclusion du Gloria ! Pour la Messa de Giorgi, il s’agit d’un tout premier enregistrement : l’interprétation chatoyante, assemblant en orfèvre les teintes vocales et les rehauts d’archet, d’emblée fait date. On succombera par exemple au Domine Deux rex coelestis exhalé par Maximiliano Baños sur une basse de musette, –écho stylisé des agrestes piffari.
Christophe Steyne
Son : 8 – Livret : 9 – Répertoire : 7-9 – Interprétation : 9