Nathalia Milstein tisse des liens subtils mais fervents entre Schumann et Tchaïkovski

par

Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893): Six morceaux pour piano op.19 ; Robert Schumann (1810-1856) Weh’,weh’, er fehlte das Ziel, Fantaisie op.17. Nathalia Milstein, piano. 2025. Textes de présentation en français et anglais. 62’. Mirare MIR774.

Alla Schumann, c’est ainsi que Tchaïkovski dénomme la variation XI de son Thème et Variations op.19 n°6. Une référence constante tout au long de la vie du compositeur russe. C’est donc à juste titre que Nathalia Milstein, toujours à l’affut des jeux de références de la musique romantique rapproche sur ce disque les deux compositeurs. Non sans nous donner entre eux deux son propre arrangement du chœur Weh’,weh’, er fehlte das Ziel dans Le Paradis et la Péri, l’oratorio de Schumann tant aimé par Tchaikovski.

Il y a chez Schumann une façon de saisir une atmosphère dans l’instant, comme une impression fugitive, pour ensuite lui donner vie dans un traitement ultérieur très soigné qui lui fait magnifier la forme courte. Ce que fait justement Tchaïkovski dans ses Six morceaux op.19. Nostalgie interrogative de Rêverie du soir, élégance volatile de Feuille d’album ou Capriccio attendrissant : les images légères contrastent avec la vivacité subtile du scherzo ou le lyrisme dense mais discret du nocturne. Chaque morceau est servi avec une juste maîtrise qui en fait un moment unique dans une succession de climats variés. Le tout menant logiquement vers la variété réconciliatrice d’un imposant Thème et variation que Nathalia Milstein resitue bien dans la diversité révélatrice de cette suite qui ne dit pas son nom. Livré à lui-même, cet imposant portail peut se faire majestueux comme l’a montré tout récemment un éblouissant Trifonov (DG). Milstein se promène ailleurs et sa démarche s’inscrit dans un tout organique.

La confrontation avec les géants (et notamment Pollini) devient encore plus forte dans la Fantaisie op.17. Ici aussi la pianiste joue la carte des atmosphères intimes : allante et solide dans le premier mouvement, elle n’y développe pas moins une agogique variée : elle engage une phrase, puis soudain se retient pour laisser chanter le thème dans toute sa verdeur. L’œuvre devient alors un immense poème qui pourrait paraître improvisé s’il n’était conduit avec une rigueur qui ne refuse ni le rêve, ni la méditation. Très allant et articulé, bousculé par des effets rythmiques maîtrisés, le scherzo impose une respiration aisée qui prépare l’invitation au voyage intérieur du langsam final qui chemine, pensif et mouvant, vers une conclusion réfléchie et habitée.

En conclusion, cet enregistrement n’est pas destiné à une confrontation épique mais il introduit d’intéressants jeux de correspondances qui nous apprennent maintes choses sur Tchaïkovski le chambriste et tisse un lien fervent entre Schumann et son admirateur auquel la pianiste nous initie dans un très beau texte de présentation.

Son 9.  Livret 10.   Répertoire 10   Interprétation 8

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