Madama Butterfly au Semperoper de Dresde
Le Semperoper de Dresde propose une reprise d'une production de Madama Butterfly, confiée au scénographe japonais Amon Miyamoto, donnée sur cette scène en 2022 et en coproduction avec les opéras de Tokyo et de San Francisco. La production semble plaire au public qui cette dernière d’une série de représentations a accouru en masse en ce vendredi soir hivernal.
Le concept scénographique d’Amon Miyamoto est de raconter l’histoire à travers le regard du fils de Pinkerton et de Cio Cio San. Un fils âgé d’une trentaine d’années et qui retrouve son père sur son lit de mort. Ainsi, chaque acte est introduit par une scène sans parole avec un Pinkerton agonisant dans sa chambre d'hôpital en compagnie de son épouse américaine, de Suzuki, d'un médecin, d'une infirmière et du fils de Pinkerton. Ce dernier à travers un rôle muet est présent tout au long de l'opéra, assistant impuissant à la tragédie dont il découvre la trame en même temps que le spectateur. Au final, ça ne rajoute pas foncièrement à l’histoire et encore moins à la dramaturgie déjà magistrale de cet opéra, mais ce n’est pas incohérent et ça peut se défendre.
Bien connu à Broadway, Amon Miyamoto sait narrer une histoire. Sa direction d'acteur est juste et fait vivre les personnages avec la tension théâtrale requise. Le décor de Boris Kudlička est simple : la chambre de Cio-Cio San dans un cube en bois stylisé japonisant et quelques accessoires. Le vaste plateau de la Semperoper de Dresde est animé par des projections vidéos stylisées et esthétiques de Bartek Macias et les costumes sont signés par le célèbre styliste Kenzō Takada dont cela devait être l’une des dernières collaborations avant son décès (la production avait été donnée à Tokyo en 2019). On est dans un Japon classique et poétique sans relecture prétentieuse ou actualisation déplacée. Cette scénographie sert la musique et s’impose par une intemporalité pour une production qui séduit.
Comme souvent dans les reprises de ces grandes scènes comme la Semperoper, l'affiche se partage entre jeunes talents et chanteurs expérimentés. La grande découverte de la soirée est la jeune soprano italienne Selene Zanetti. Déjà remarquée en Mimi à Paris, la musicienne impose une incarnation d’une densité dramatique totale et d’une musicalité exceptionnelle. Le timbre est frais et clair, l'intonation hautement assurée et la palette des nuances s'avèrent admirables. C’est foncièrement magistral et la jeune femme est acclamée par un public des plus enthousiastes.
Dans la fosse, le jeune chef Vitali Alekseenok fait des miracles à la tête d’un orchestre phénoménal. Sa direction combine l'élan dramatique et le soin musical. Le travail sur l’étagement des plans sonores est fabuleux permettant d’apprécier la beauté de l’écriture de Puccini, dans sa plastique, sa vivacité et sa capacité à décrire les personnages. Le maestro peut compter sur un orchestre aux sonorités soyeuses qui font la marque de la Staatskapelle de Dresde et dont la lisibilité des pupitres et la finesse de nuances sont hors normes.
Le reste de la distribution est de très haut vol : le Pinkerton fluide et sensible de Tomislav Mužek, le Sharpless de classe de Neven Crnić, le Goro contrasté de Aaron Pegram et la Suzuki de grande musicalité de Sun-Ly Pierce.
Une grande et belle soirée d’opéra
Dresde, Semperoper, 30 janvier 2026
Crédits photographiques : Semperoper Dresden/Ludwig Olah