Adrian Prabava en concert à Metz
Le chef germano-indonésien Adrian Prabava est l’invité de l'Orchestre national de Metz Grand Est pour ce concert. Il commence par l’ouverture « Les Hébrides » (La Grotte de Fingal) de Mendelssohn, ce qui permet d’exposer, outre la solidité des cordes, les qualités les vents de la phalange. Ils sont ici très fluides, clairs et agiles pour rendre le motif des vagues. Le chef montre ici une baguette sûre et forte mais pas rigide, ce qui sera sa marque durant tout le concert. Il sait de même faire monter les tutti jusqu’au bord du vacarme, ce qui est toujours un danger dans la salle de concert de l’Arsenal.
Le concert continue avec le Concerto pour piano en un mouvement de Florence Price, avec la pianiste anglaise Jeneba Kanneh-Mason. Si ce concerto est annoncé dans son titre en un mouvement, l’auditeur lui en reconnaît toute de même trois : un premier d’une virtuosité très enthousiaste, un second plus réservé quasi-intimiste, et un dernier digne de broadway. Ici l’orchestre reprend le romantisme de Mendelssohn, à côté du piano jazz de Gershwin. La pianiste fait preuve d’un jeu fin et sans arrogance, qui, durant le premier mouvement surtout, peinait quelques fois à se faire entendre.
Mais ce fut surtout durant la deuxième partie du concert, avec Les Tableaux d’une exposition de Modeste Moussorgski orchestré par Ravel, que l’orchestre et le chef exposent le plus leurs talents. Adrian Prabava avait déjà donné un concert avec une ouvre de Ravel en 2023, mais il s’agissait alors du très populaire et rabâché Bolero. Avec Les Tableaux d’une exposition, il s’attaque à un chef-d’œuvre d’orchestration ravélienne nécessitant une grande partie des ressources de chaque pupitre et une grande qualité d’instrumentistes pour des dialogues aventureux au sein de l’orchestre. Pari réussi, au plus grand plaisir des auditeurs.
Continuant l’exposition des qualités des pupitres annoncée par l’ouverture de Mendelssohn, les bassons, clarinettes et flûtes étaient ici à l’honneur également, avec leurs caractères graves mais tout aussi frais et fluides. Et encore une fois, les tuttis savaient jusqu’où aller, sans jamais saturer. Quant aux dialogues entre les cordes et les vents ou les percussions, ils étaient équilibrés et enthousiasmants. Preuve, s’il en fallait encore, le grand tutti final de la "Grande porte de Kiev", durant lequel chaque pupitre complète les autres dans une somptuosité rare.
La balance est sans doute la caractéristique la plus marquante de l’orchestre national de Metz Grand Est, comme l’ont déjà illustré les concerts précédents sous la direction de David Reiland. Adrian Prabava a simplement ajouté son tonus. À l’heure où les candidats à la succession du chef belge peuvent pointer le bout de leurs nez, Adrian Prabava se positionne peut-être ici en course.
Metz, Arsenal, 3 octobre 2025
Andreas Rey
Crédits photographiques : Alexander Trizu