Bach à l’honneur au Namur Concert Hall
Ce vendredi 13 juin a lieu le concert de clôture de la saison 2024-2025 du Grand Manège. Pour finir cette saison en beauté, qui d’autres que le Chœur de Chambre de Namur, Cappella Mediterranea et Leonardo García-Alarcón. En solistes, nous retrouvons la soprano Sophie Junker, le contre-ténor Christopher Lowrey, le ténor Valerio Contaldo, et la basse Andreas Wolf. Au programme de cette soirée, un concert entièrement dédié à Bach et trois de ses cantates de Leipzig : la Cantate BWV 46, la Cantate BWV 101 et la Cantate BWV 102. Le point commun entre ces trois cantates est qu’elles ont été composées par Bach pour le dixième dimanche après la Trinité. Ce programme créé à Namur sera proposé ensuite à l’Église St-Thomas de Leipzig, l'église où Bach jouait ces cantates.
Le concert débute avec une brève mais très belle introduction d’Alfia Bakieva. C’est une magnifique manière de rentrer dans l’ambiance du concert. Rentrons désormais dans le vif du sujet avec la Cantate BWV 46, Schauet loch und sehet, ob irgendein Schmerz sei (Regardez et voyez s'il est une douleur), datant de 1723. Le texte de cette cantate met en scène la terreur des habitants face au jugement de Dieu. La cantate commence avec un chœur d’une grande sensibilité avant qu’une fugue animée ne vienne contraster avec le début intimiste de cette cantate. Il s’ensuit un récitatif inspiré du ténor Valerio Contaldo, sublimé par l’accompagnement délicat des deux flûtes à bec. Après cela, place au brillant solo de trompette dialoguant à merveille avec le soliste. L’aria qui suit mêle, avec beaucoup de délicatesse, la voix du contre-ténor Christopher Lowrey avec les flûtes à bec et les hautbois de caccia. Le choral final, Ô grand Dieu de fidélité, clôt avec grâce ces derniers instants de la cantate mélangeant douleur et espérance.
La première partie se poursuit avec la Cantate BWV 101, Nimm von uns, Herr, du treuer Gott (Écarte de nous, Seigneur, Dieu fidèle), datant de 1724. Contrairement aux autres cantates, le choral joue un rôle important, non pas au début et à la fin de l’œuvre, mais bien tout au long de celle-ci. Les récitatifs et arias, d’une grande beauté, intégrant logiquement des références au choral. Notons le sublime duo de la soprano Sophie Junker et du contre-ténor Christopher Lowrey, qui nous offrent un réel moment suspendu dans le temps. La cantate se termine avec un choral final exquis. Le Chœur de Chambre de Namur interprète de manière exquise le choral final tout en étant soutenu avec délicatesse par Cappella Mediterranea.
Après la pause, place à la dernière cantate de ce soir : Herr, deine Augen sehen nach dem Glauben (Seigneur, tes yeux se tournent vers les croyants), datant de 1726. Ici le livret interroge la conduite pécheresse du peuple et son aveuglement devant la révélation du Christ. Le chœur initial, probablement un des plus saisissants de Bach, se compose de deux fugues s’enchâssant avec ce refrain obsédant qu’est cette exclamation : « Seigneur, tes yeux cherchent la foi ». Le chœur et les solistes nous donnent une version grandiose et habitée de ce chœur d’ouverture. La partie centrale de la cantate offre un contraste saisissant avec une expressivité exacerbée. Dans son aria, Christopher Lowrey pleure avec une émotion certaine l’âme pénitente. Ensuite, Andreas Wolf interprète avec exaltation cet aria vif et dansant. Valerio Contaldo, accompagné par le continuo et la flûte traversière, se jette avec brio dans un aria assez virtuose. Le récitatif du contre-ténor précédant le choral et sublimé par cet ostinato des hautbois. La cantate se clôture avec un choral dans la tension est prolongée jusqu’à la fin apaisée de l’œuvre.
En conclusion, c’est un concert de la plus haute qualité qui nous est offert. Le Chœur de Chambre de Namur excelle dans ce répertoire qui lui sied si bien. Les différentes interventions sont parfaitement maîtrisées. L’ensemble Cappella Mediterranea se démarque par le talent de l’ensemble de ses musiciens. Chacun d’entre eux apportent une pierre à l’édifice non négligeable. De plus, leur investissement musical et scénique est total et sincère. Les quatre solistes du soir participent également à la réussite de cette soirée. Sophie Junker nous émeut par la beauté de sa voix et son timbre épuré qui convient si bien à ces cantates. Christopher Lowrey propose avec sa voix une palette de couleurs chaleureuses et claires à la fois. Valerio Contaldo, avec son timbre clair, nous éblouit par sa présence vocale et scénique tout comme Andreas Wolf avec ses interventions assez puissantes. Mais le maître de cette soirée est incontestablement Leonardo García-Alarcón. Sa direction inspirée, juste, sensible et musicale permet aux différents artistes de donner le meilleur d’eux même. Il les guide avec une humilité et une spiritualité presque divine, lui qui apprécie tant cette musique de Bach. Sa manière de donner vie à ces œuvres, avec une mise en espace vivifiante permet de garder le public attentif de la première note au silence suivant la fin de chacune des cantates.
Pour le bis, Leonardo García-Alarcón prend la parole afin de remercier le public et donner quelques mots sur la pièce qu’ils s’apprêtent à interpréter. Pour faire un clin d’œil à leur prochain concert à Leipzig, il a choisi d’interpréter un extrait d’un motet ayant été composé par Johann Kuhnau et orchestré par Johann Sebastian Bach lui-même : Der Gerechte kömmt um. Pour l’anecdote, cette œuvre a été entendue lors des funérailles de Bach. C’est un moment plein d’émotion et de grâce qui nous est offert pour conclure la soirée sur une très belle note.
Namur, Namur Concert Hall, le 13 juin 2025
Thimothée Grandjean, Reporter de l’IMEP
Crédits photographiques : ©Leslie Artamonow