Beethoven et Schumann en beauté chez Wiener Urtext Edition
Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate pour piano opus 79, Wiener Urtext Edition, ISMN 979-0-50057-436-1
Jochen Reutter propose une révision de l’édition de Peter Hauschild, d’après les sources, de la Sonate (« Sonatine ») pour piano opus 79, ouvrage d’une difficulté moyenne, composé quelques années après la célèbre Sonate « Appassionata » opus 57. Si Beethoven hésita longuement sur l’intitulé, Sonatine ou Sonate facile, il n’en demeure pas moins une œuvre d’une grande fraîcheur, dont les nombreux et précieux conseils d’interprétation de Nils Franke (toucher et dynamique, ornements, tempo…) permettront d’approfondir, d’accompagner et d’enrichir le travail d’interprétation du pianiste. Une proposition de doigtés de Nayuki Taneda, évidemment subjective, ainsi qu’un appareil critique, complètent cet ouvrage. On notera, comme toujours, la qualité d’impression sur un papier crème, particulièrement confortable à la lecture.

Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Bagatelles, Wiener Urtext Edition, ISMN 979-0-50057-438-5
Jochen Reutter poursuit avec l’intégrale des Bagatelles (opus 33, 119, 126 et les quatre isolées, WoO 52, 56, 216 et 214) pour piano, enrichie cette fois d’une proposition de doigtés et d’interprétation de Sheila Arnold. Dès le début du 19ème siècle, Beethoven est attaché à la miniature musicale, un genre particulièrement prisé par un public de mélomanes avertis et naturellement, voire largement, exploité par les éditeurs. Comme Schubert avec les Moments musicaux, Beethoven aborde l’écriture de ces pièces aux caractères et ambiances divers. L’Allegretto WoO 214 n’est pas à proprement parlé une Bagatelle, Beethoven l’ayant écarté de l’Opus 119, notamment en raison de dimension plus importantes que celles des pièces de ce cycle. Reutter a néanmoins décidé de l’inclure en annexe pour son caractère attrayant et finalement assez proche du caractère des six pièces de l’Opus 119. Comme pour l’ouvrage précédent, le texte est proposé en anglais, allemand et français.

Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate pour violon et piano Opus 24, Wiener Urtext Edition, ISMN 979-0-50057-437-8
Place au violon avec la redoutable et passionnante Sonate pour violon et piano opus 24, « Frühlingssonate ». Ulrich Leisinger signe cette nouvelle édition d’après les sources, complétée par les doigtés et notes sur l’interprétation d’Ariadne Daskalakis pour le violon, et de Christian Ubber, pour le piano. L’ouvrage comprend naturellement la partie complète de violon et piano, ainsi qu’une partie de violon séparée. Beethoven ne compose que dix Sonates pour violon et piano, neuf entre 1797 et 1803, l’Opus 96 en 1812, en comparaison d’un corpus de 32 Sonates pour le piano. La Sonate opus 24 bénéficie du surnom, « Le Printemps », dont Beethoven n’est pas l’auteur. Populaire au 19ème siècle, l’œuvre figure régulièrement au sein de programmes de concerts, notamment grâce à son caractère optimiste et à ses thématiques facilement reconnaissables.
Il convient enfin de souligner les préfaces, à chaque fois fouillées et développées, qui permettent de mieux cerner le travail de recherche et les choix éditoriaux effectués, ainsi qu’un appareil critique complet. Mais ce qui semble le plus intéressant, tant pour l’interprète que pour celui qui souhaite seulement s’intéresser à la genèse de l’œuvre, ce sont bien les remarques sur l’interprétation, mises en relation avec la facture et les techniques instrumentales d’époque. Comme toujours, trois parutions de grande qualité, à adopter sans hésitation.
Robert Schumann (1810-1856) : Études symphoniques Opus 13, Wiener Urtext Edition, ISMN 979-0-50057-440-8

Schumann, pour conclure, avec un ouvrage redoutable et célèbre pour le clavier : Les Études symphoniques Opus 13. Pour l’anecdote, Liszt, autre compositeur célèbre et pianiste de grand talent, parlera d’« un des premiers et bons ouvrages de Schumann » après une exécution par Clara Schumann le 30 mai 1855. Schumann écrit ces Études, qu’il surnomme d’abord « Pathétiques » vingt plus tôt, sur la base d’un thème conçu par le Baron et compositeur amateur Ignaz von Fricken. Si le thème en do# mineur peut sembler d’une allure naïve, Schumann le déconstruit et le fait évoluer à travers douze études qui composent une œuvre à part entière et cohérente. Enfin, si le titre fait référence à la symphonie et à l’étude, Schumann fit preuve de beaucoup d’imagination avant d’en arriver à cette appellation d’Études symphoniques : Variations pathétiques, Fantaisies et Finale, Variations symphonique, Études en forme de variations… titres qui entrainent naturellement des modifications dans l’agencement de l’œuvre, mais aussi l’écritures de nouvelles études. L’aspect symphonique renvoie à la conception que se fait Schumann de l’écriture pour piano : un traitement de la dimension orchestrale du piano qui restera un marqueur pour le futur. Michael Eiche ferme cette partition avec cinq pièces en annexe, présentées à Brahms le 17 mars 1867 lors d’un concert, que Clara refusa de publier, à l’exception d’une édition portée par Brahms en 1873. Soulignons enfin l’excellente analyse de l’usage de la pédale par Tobias Koch, qui aborde également la question des doigtés (basés sur l’Instructive Ausgabe de Clara Schumann), d’articulation ou encore de d’agogique.
Ayrton Desimpelaere
Wiener Urtext Edition, Schumann, Beethoven