Carlo Païta, l’étoffe du héros

par

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie n°40 en sol majeur ; Richard Strauss (1864-1949) : Ein Heldenleben. Grand orchestre symphonique de la RTB-BRT, direction :  Carlo Païta. 1968 et 1969. LIvret en français et anglais. 72’20’’. Le Palais des Dégustateurs PDD050. 

Chef d’orchestre engagé et fervent d’un art de la direction au panache, le légendaire Carlo Païta était taillé sur mesure pour les pièces virtuoses de Richard Strauss. Pourtant, dans sa discographie, on pointait une seule Heldenleben, captée en concert, avec son Philharmonic Society Orchestra pour son label Lodia. Dès lors, on accueille avec grand intérêt cette captation bruxelloise. 

Dans cette pièce de démonstration, Carlo Païta ne cherche pas le démonstratif facile mais il impose une narration puissante et dramatique, presque expressionniste par sa saturation de couleurs. Le Grand orchestre symphonique de la RTB-BRT met un peu de temps à se chauffer mais il témoigne d’un engagement total, concentré et jouant à 200% de ses capacités techniques (en particulier les trompettes soumises à très rude épreuve).

Dès la fin de l’exposition de l’introduction, Carlo Païta et ses musiciens sont en mode rouleau compresseur, imposant une tension brute et explosive. Bien évidemment, les passages virtuoses sont campés avec brio et sens de la progression dramaturgique, mais on admire particulièrement la tension sous-jacente aux deux derniers mouvements “L’œuvre de paix du héros” et “Le retrait du monde du Héros et son accomplissement”. On ne peut que saluer le charisme de Carlo Païta d’imposer une telle emprise sur un orchestre plutôt modeste qui se transcende avec parfois une plastique étonnante dans les cordes à l‘image de la compagne du héros. Bien sûr, la discographie de cette pièce est des plus relevées, avec des phalanges affûtées et captées par les micros les plus précis. Cependant, malgré les limites de l’orchestre et de la prise de son radiophonique, ce concert, entre Klimt, Munch et Kokoschka saura ravir les amateurs du chef qui ne s'économise pas pour transcender les musiciens belges.  

La Symphonie n°40 de Mozart, captée un an plus tôt est à notre connaissance l’unique témoignage du chef dans une symphonie de l’enfant de Salzbourg. Le Mozart de Carlo Païta ne donne pas dans le pittoresque ou l'anecdotique, le chef avance rapidement et le ton est plutôt grave et sérieux. Les dialogues entre les pupitres sont fins et dansants quand il faut, mais ce Mozart, presque protestant, séduit par son équilibre et sa cohérence.      

Une parution qui n’est peut-être pas la plus indispensable des rééditions que le Palais des Dégustateurs consacrées à Carlos Païta mais qui reste digne d’un grand intérêt pour documenter l'art de ce chef unique.   

Son : 6    Notice : 9    Répertoire : 10    Interprétation : 9

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