Contrastes à Monte-Carlo
Pour ce mois de juin, qui rime avec fin de saison, l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo a invité la légendaire Anne-Sophie Mutter en compagnie du violoncelliste Pablo Ferrandez, protégé et collaborateur de la grande violoniste depuis 2018.On les retrouve à Monaco pour une des plus belles œuvres de Brahms, le Double concerto pour violon et violoncelle. Ce concerto est une œuvre de chambre à l'impact symphonique : une pièce construite sur le dialogue, au cœur de laquelle se trouve la plus belle expression d'amitié.
Mutter et Ferrandez, qui ont enregistré cette œuvre, en 2022 (Sony Classical), forment un excellent duo musical, uni par l'amitié, l'inspiration et le mentorat. Ils entretiennent une complémentarité exceptionnelle et font ressortir la joie et la turbulence de la conversation musicale de Brahms. Mutter et Ferrandez jouent avec la familiarité et l'aisance de partenaires musicaux de longue date. Équilibre, sensibilité et sens de l'aventure sont au rendez-vous. Mutter tire le meilleur parti de sa sonorité fine, chaude et dorée. Ferrandez fait preuve d'une maîtrise technique et musicale remarquable. Il fascine par son intonation profonde et ardente. Leur conversation musicale riche et variée est tantôt enflammée, tantôt douce. Un échange passionné se transforme en paisible unisson. Le dernier mouvement se termine par une course effrénée d'une synchronicité impressionnante. Mutter possède un merveilleux violon Stradivarius, "l'Emiliani" de 1703 et Ferrández joue sur un violoncelle Stradivarius "Archinto" de 1689 (prêt de la Stretton Society), le timbre des deux instruments réunis est somptueux. L'OPMC sous la direction de Kazuki Yamada brille de mille feux. Le public réserve ensuite aux interprètes une ovation enthousiaste et de nombreux rappels.
Le concert avait commencé par I hear the Water dreaming pour flûte et orchestre de Toru Takemitsu. Le compositeur japonais éprouvait une affinité particulière avec la flûte, instrument proche de sa culture japonaise. C'est une œuvre qui fait penser à un tableau impressionniste évoquant la fluidité de l'eau. La jeune flûtiste japonaise Kie Ishii a une technique sans faille et elle présente une lecture vivante, subtile et élégante de la partition.
Kazuki Yamada termine le concert par le chef-d'œuvre du répertoire français, la Symphonie n°3 avec orgue de Saint-Saëns, dont le compositeur disait : "J'ai tout donné, ce que j'ai accompli ici, je n'y parviendrai plus jamais…"C'est également ce qu'on pourrait dire de l'interprétation de Yamada : raffinée, fascinante, passionnante et époustouflante, richement mélodique avec de superbes contrastes, le tout avec éclat et profondeur. Yamada obtient de l'orchestre le jeu le plus puissant, le plus impliqué et le plus émouvant qu'on puisse imaginer. La partie d'orgue était tenue avec brio par Emmanuel Pélaprat.Le public debout l'ovationne. Yamada rayonne de bonheur.
Monte-Carlo, Auditorium Rainier III, 8 juin 2025
Carlo Schreiber
Crédits photographiques : Stephane Danna