Goran Filipec, Chopin en perspectives
Le pianiste Goran Filipec construit une discographie de haut vol où prédomine des œuvres de Liszt. Pour le label Naxos, avec lequel il collabore depuis de nombreuses années, il fait paraître un nouvel album consacré à Chopin. Goran Filipec apporte un regard neuf sur le compositeur au travers d’un album remarquablement pensé. Goran Filipec répons aux questions de Crescendo Magazine.
Cet album est le premier de votre belle discographie qui est consacré à Chopin. Pourquoi enregistrer Chopin à ce moment de votre carrière ?
Chopin faisait toujours partie de mon répertoire. Je l’ai joué beaucoup en concert, mais, comme il y a un grand nombre d’enregistrements de ses œuvres, je n’étais pas particulièrement attiré par l’idée de l’enregistrer. En outre, on trouve quelques enregistrements vraiment exceptionnels des œuvres de Chopin, et je me réfère surtout aux enregistrements historiques. La proposition qui m’est arrivée de M. Klaus Heymann fondateur de Naxos, a réveillé mon enthousiasme et je me suis lancée dans ce projet en essayant de retrouver la fraîcheur dans ces morceaux beaucoup joués, et de contextualiser le répertoire d’une façon qui n’est pas neuve, vu qu’elle date des siècles précédents, mais qui est pratiquement oubliée aujourd’hui.
Votre album propose les Ballades et les Scherzos et quelques Préludes. L'œuvre de Chopin est vaste, mais pourquoi avoir choisi ces partitions précisément et pas d’autres ?
Le programme m’a été suggéré par la maison discographique, et j’ai apprécié la suggestion car elle était pertinente. Il y a une correspondance entre les Ballades et les Scherzos au niveau des périodes où ces morceaux ont été composés. Ce sont des morceaux de forme moyenne qui dans le contexte d’un programme communiquent très bien entre eux.
Sur cet enregistrement, les œuvres mêlent formant un parcours mélangé, avec des Préludes parsemés au fil de l’album, comme des points d'équilibre. Comment avez-vous conçu ce voyage à travers ces partitions de Chopin ?
Pour chaque Ballade, chaque Scherzo et la Fantaisie, j’ai choisi, comme introduction, une Prélude du compositeur qui pourrait correspondre à ces morceaux au niveau de tonalité, texture, ou de caractère. Chopin n’a jamais joué les Préludes comme un cycle, mais il les jouait comme introduction aux formes plus grandes, comme les Ballades. La pratique de préluder avant les grands morceaux était habituelle au 19e siècle, et ces miniatures ont été conçues dans l’esprit des préludes de l’époque. Souvenons-nous des Préludes de Clara Schumann ou de Kalkbrenner. Le programme dans sa totalité a finalement résulté trop long pour un CD, et l’éditeur a décidé de le découper, et de publier en forme numérique ce qui ne rentrait pas dans le disque.
Vous avez beaucoup enregistré Liszt. Est-ce qu'il y a des liens entre Chopin et Liszt ?
Absolument. Ils étaient des contemporains et des amis. Au niveau pianistique ils étaient pourtant presque des opposés. Chopin était l’intimiste un représentant de la vieille école. Liszt était un progressiste, quelqu’un qui a révolutionné le concept du piano et par conséquent la façon de jouer de cet instrument. Inspiré par Paganini, il s'est lancé dans la recherche des effets acoustiques et des façons de jouer inexplorées à son époque. On remarque pourtant une fusion de ces deux styles chez les élèves de Leschetizky, tels que Marc Hambourg ou Ignaz Friedman, ou encore dans le jeu de de Aleksander Michałowski, Moriz Rosenthal ou Josef Hofmann. Ces pianistes jouaient Chopin dans la grande manière, souvent en amplifiant certains effets acoustiques. Ils s’adressaient au grand public des amples salles de concert dans lesquelles Chopin n’a jamais joué. C’est précisément cette fusion que je trouve passionnante et que j’ai essayé de retrouver dans ma lecture de Chopin.
Est-ce que cet album Chopin est le début d’autres disques consacrés à Chopin ?
Il n'y a aucun doute et je suis convaincu que ceci n’est que le début d’une belle aventure qui va se poursuivre encore quelque temps.
Le site de Goran Filipec : www.goran-filipec.com
A écouter :

Chopin: Preludes, Ballades & Scherzos. Goran Filipec, piano. Naxos. 8.574660
Crédits photographiques : Elisa Caldana