Peter Serkin est parti pour un nouveau voyage
On a appris le décès ce samedi du pianiste Peter Serkin.
Né à Manhattan le 24 juillet 1947, fils du pianiste Rudolf Serkin et petit-fils du chef d’orchestre et violoniste Adolf Busch, le musicien avait dû composer pour dessiner sa voie.
A 11 ans, il est déjà au Curtis Institute.
A 18 ans, il joue au Festival de Marlboro -dont son père et son grand-père ont compté parmi les fondateurs en 1951- et enregistre pour RCA : des Variations Goldberg (Bach) où d'aucuns n'hésitent pas à le comparer à Glenn Gould et une Sonate en sol op. 78 de Schubert étonnamment mature.
En 1987, il évoquera pourtant cette période comme "une épreuve douloureuse", déplorant "les critiques des musiciens et des critiques sur la façon dont vous jouez, comme si tel est le problème central" et le fait que sa famille "prenait la musique si au sérieux, dans le sens de l'Ancien Monde, comme une sorte de religion".
A 21 ans, partagé entre fierté et asphyxie face cet héritage familial de plusieurs générations, il abandonne l'instrument pour voyager : Inde, Népal, Thaïlande, puis il vit un temps au Mexique avec son épouse et leur petite fille.
Il reviendra à la musique et au piano, et c'est sur la route de la musique contemporaine qu'il forgera son identité. En 1973, il enregistre les Vingt Regards sur l'Enfant-Jésus et sera comblé par le commentaire d'Olivier Messiaen : Il m'a dit que je respectais la partition, mais que quand je ne le faisais pas, c'était encore mieux.
La même année, il créé avec le clarinettiste Richard Stoltzman, la violoniste Ida Kavafian et le violoncelliste Fred Sherry le Tashi Quartet qui donnera plus de cent fois en concert le Quatuor pour la fin du temps.
Peter Serkin aura toujours à coeur de faire des ponts entre le répertoire et la création, dans des programmes de récitals mariant Mozart et dodécaphonisme, Stefan Wolpe et polyphonies de la Renaissance,...
Il a joué presque toutes les œuvres pour piano de Schoenberg, Stravinsky et Wolpe, et défendu des dizaines de pièces de Toru Takemitsu, Charles Wuorinen ou Peter Lieberson -dont celles qui lui étaient dédiées.
Il a développé des collaborations fertiles avec des artistes comme le Guarneri String Quartet, la mezzo-soprano Lorraine Hunt Lieberson, Seiji Ozawa, Herbert Blomstedt, Robert Shaw ou Pierre Boulez.
Après une année hors scènes, sa saison 1989-90 fut tout entière consacrée aux oeuvres qu'il avait commandées à Takemitsu, Leon Kirchner, Hans Werner Henze, Alexander Goehr et Luciano Berio, Oliver Knussen, Bright Sheng, Christine Berl, Tobias Picker, Tison Street et M. Lieberson. Pour se préparer, il n'avait joué aucun récital solo la saison précédente.
Peter Serkin aimait aussi enseigner : il s'est partagé entre Mannes School of Music, Juilliard School de New York, Bard et Tanglewood Music Institute.