Juillet Musical de Saint Hubert : Un Tharaud très personnel souffle le chaud et le froid

par Go Here

Alexandre Tharaud (piano)
W.A. Mozart (1756-1791) : Suite K 399 : Ouverture – Allemande - Courante - Gigue K 574 Preambulum KV deest - Sonate KV 331 : Andante grazioso – Menuetto – Allegretto, alla turca
L.van Beethoven (1770-1827) : Sonate n°23 en fa mineur op. 57 « Appassionata » : Allegro assai – Andante con moto – Allegro ma non troppo
F. Chopin (1810-1849) : Fantaisie op. 49

Ce dimanche 26 juillet à 20h, le Juillet Musical de Saint Hubert a clôturé son festival avec Alexandre Tharaud dans la très belle église romane de Saint-Gilles-aux-Prés. Le concert était sold out. Le pianiste français a offert une prestation très personnelle et très engagée qui a réservé des surprises avec des fortunes diverses. Tharaud ouvre son récital avec des pages rarement jouées de Mozart : la Suite K 399, la Gigue K 574 et Preambukum KV deest. Le compositeur fait référence à des formes d'un âge précédent mais l'invention et les subtilités harmoniques leur donnent une modernité surprenante. C'est toute cette ambivalence que Tharaud a mise en lumière par son interprétation engagée dès les premiers accords et très contrastée. Le phrasé est vif et l'articulation ciselée rappelle le baroque. Les thèmes sont très caractérisés enchaînant rapidement différentes peintures miniatures et évocatrices. Le traitement du piano est moderne conférant à ses oeuvres une dimension étonnante semblant traverser les âges. Le premier mouvement de la Sonate KV 331 et très réussi. Le thème, chantant et simple évolue dans une limpide évidence. Le touché est sensible sans être maniéré et il caractérise chaque variation par une sonorité propre. La variation en mineur propose une couleur diaphane, presque irréelle à la limite du « détimbré » subtilement irisée de pédale. Le second mouvement est du même tonneau, Tharaud maîtrise les plans sonores à merveille, chaque plan ayant sa couleur propre. Le troisième mouvement s'élance dans un allegretto bien choisi pour les turqueries de Mozart. A la reprise du thème, Tharaud secoue son auditoire. Il décide en effet de jouer la note initiale de la célèbre « Marche Turque » en appogiature brève! Cela confère un caractère comique voire désarticulé à ce thème qui nous est si familier. Il ne joue ensuite que les trois premières octaves brisées pour poursuivre en octaves simultanées avant d'accélérer joyeusement dans les dernières mesures du mouvement ! Décoiffant ! Les puristes s'étranglent et ... une pause s'impose ! Un monument ouvre la seconde partie : la sonate Appasionata de Beethoven. Le premier mouvement laisse un sentiment très mitigé. Un tempo un peu trop posé lui confère un certain statisme par moment. Certains passages sont confus et pas toujours d'une propreté irréprochable. Une lecture personnelle encore, très engagée mais souffrant d'un manque de fluidité et de certaines lourdeurs. Le deuxième mouvement est par contre sublime. La sonorité est intense, chaque note a du sens ! Magnifique ! Tharaud évite la virtuosité gratuite dans le troisième mouvement avec un tempo bien choisi mais qui à nouveau s'alourdit par moment. On a le sentiment que le pianiste se rend compte que sa prestation ne décolle pas et il force un peu les choses dans les passages forte. Il use parfois d'effets de manches efficaces pour le public mais dont le résultat sonore n'est pas toujours probant. La Fantaisie op. 49 de Chopin clôture cette prestation en dents de scie. Il revient pour deux bis dont la célèbre sonate de Scarlatti en ré mineur dont la toccata déferle en notes répétées ! Tharaud y est grandiose ! Alexandre Tharaud n'aura laissé personne indifférent au pays du cor de chasse. Ainsi s'achève la 58ème édition du Juillet Musical de Saint Hubert.
Michel Lambert
Saint Hubert, le 26 juillet 2015 

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