« La composition est un sanctuaire pour moi » – Entretien avec Péter Zombola
Péter Zombola est le premier créateur hongrois à avoir été nommé Compositeur de l'année 2026 par le jury des ICMA (International Classical Music Awards). Outre cette distinction, il a récemment été annoncé que son œuvre représenterait la Hongrie au festival de la Société internationale de musique contemporaine (ISCM). Avant le concert de gala à Bamberg et ses classes de maître aux États-Unis, Máté Ur, représentant le membre hongrois du jury Papageno, s'est entretenu avec lui au sujet de la reconnaissance professionnelle, de la perte personnelle et de son affinité pour les formes à grande échelle.
Le prix ICMA et l'invitation de l'ISCM sont arrivés presque simultanément. Comment avez-vous vécu ce double succès international ?
C'est un sentiment qui me conforte énormément. Cela me confirme que j'ai pris la bonne décision à l'âge de quatre ans en choisissant la voie de la composition. Étant donné que ces deux instances s'appuient sur des jurys strictement professionnels et indépendants pour décider des prix et des œuvres sélectionnées, il n'y a guère de meilleure reconnaissance pour un compositeur. Cette nouvelle m'a donné une énergie formidable, la certitude réconfortante que je suis à ma place dans la vie.
Dans quelle mesure considérez-vous cela comme une victoire personnelle et dans quelle mesure comme un succès pour la musique contemporaine hongroise ?
Les deux sont étroitement liés. Je pense que la musique contemporaine hongroise n'a pas encore pris la place qui lui revient sur la scène internationale. Il y a eu un boom massif à l'époque de la génération de Péter Eötvös, qui a malheureusement été suivi d'une sorte de « trou noir ». Même lorsque des compositions hongroises étaient présentées à l'étranger, elles restaient souvent des événements isolés. La musique hongroise cherche à retrouver le prestige mondial dont jouissaient autrefois des noms tels que Ligeti ou Kurtág. J'espère que notre génération réussira à assurer une présence plus durable dans le répertoire international.
Le 18 mars, des extraits de votre oratorio Passion seront interprétés lors du gala des ICMA à Bamberg. Est-ce l'œuvre qui vous caractérise le mieux ?
Dans un sens plus large, c'est ma trilogie d'oratorios – Requiem, Passion et Kaddish, actuellement en cours de création – dont j'assume l'entière responsabilité en tant que créateur. Si je devais choisir une seule œuvre pour me représenter, je choisirais Passion. Dans cette pièce, la coopération entre le chœur et l'orchestre apporte une complexité et une cohérence qui reflètent le plus fidèlement ma pensée musicale.
Vous avez mentionné Kaddish, sur lequel vous travaillez actuellement. Quel est le fil conducteur spirituel qui relie ces trois œuvres, issues de racines religieuses différentes ?
La réponse est profondément personnelle, car ces pièces traduisent en musique le chagrin, les adieux et l'expérience de la perte que j'ai vécus ces dernières années. Le Requiem est né au moment du décès de mon beau-père ; la Passion a été écrite pendant la maladie et le décès de ma belle-mère ; et Kaddish est l'aboutissement de mon désir de me rapprocher de ma mère biologique. Bien que les thèmes s'inspirent de traditions religieuses différentes, ils forment une synthèse en moi : je combine l'influence catholique du côté de mon père avec les racines juives du côté de ma mère. De cette façon, la trilogie devient un processus unique et sincère.
Vous avez déclaré à plusieurs reprises que la composition est une forme d'auto-thérapie émotionnelle. Comment le silence se transforme-t-il en musique pour vous ?
La composition est un refuge pour moi depuis mon enfance. Lorsque j'étais confronté au stress ou à des conflits, je me réfugiais dans le papier à musique ou le piano ; là, je trouvais un univers sûr où je pouvais évoluer confortablement. Il y a peut-être des collègues qui sont plus préparés techniquement que moi, mais j'essaie de toucher le public par la profondeur de l'exploration de soi et l'intensité émotionnelle. En tant que créateur, je me sens en sécurité dans les grandes formes, même si je sais que l'expérience fragmentée du temps au XXIe siècle ne favorise pas nécessairement les œuvres monumentales. Soit dit en passant, je vais clore le chapitre sur le genre de l'oratorio dans ma vie avec Kaddish.
Vous décrivez votre style comme un mélange de minimalisme et de néo-baroque. Comment la rigueur de la rhétorique baroque et la tranquillité du minimalisme moderne coexistent-elles ?
Dans ma vingtaine, j'étais encore sous l'influence du romantisme tardif. À l'approche de la trentaine, j'ai commencé à rechercher des voies plus simples, plus épurées. C'est alors que j'ai découvert le minimalisme, parallèlement auquel la ligne néo-baroque s'est développée de manière organique. Ce sont deux mondes apparemment éloignés qui ont néanmoins trouvé une synthèse harmonieuse en moi.
Vous donnez régulièrement des masterclasses aux États-Unis. Quelle est selon vous la différence la plus frappante entre les sphères musicales contemporaines américaine et européenne ?
La différence n'est pas nécessairement stylistique, mais structurelle. En Amérique, on regarde avec envie le mécénat public européen, ce qu'on appelle « l'argent des contribuables ». Là-bas, ce sont le marché et le secteur privé qui soutiennent la culture. En même temps, le niveau professionnel et le vivier d'étudiants dans les universités américaines sont incroyables : comme il n'y a pas « d'obligation d'inscription », ils n'ont à s'occuper que des plus talentueux. J'apprends également beaucoup de mes étudiants ; leur diversité stylistique et la qualité de leur travail m'encouragent constamment à évoluer.
Après avoir terminé la trilogie d'oratorios, vous envisagez de vous tourner vers l'opéra. Qu'est-ce qui vous attire dans ce genre ?
J'aimerais écrire un grand opéra classique avec un appareil symphonique et un chœur. Je suis actuellement à la recherche du livret idéal, car il est essentiel pour moi que le texte soit une source d'inspiration maximale. Beaucoup prédisent la mort de l'opéra, mais je suis optimiste. Le genre a besoin de se renouveler, peut-être en intégrant des technologies visuelles, mais sa puissance fondamentale – l'expérience du drame humain à travers la voix chantée – est éternelle.
En tant que compositeur, dans quelle mesure « lâchez-vous prise » sur vos œuvres au moment de leur création ? Participez-vous aux répétitions ou laissez-vous l'interprétation prendre son envol ?
Je ne fais pas partie de ceux qui révisent constamment leurs partitions. Ce que j'ai laissé sortir de mes mains est définitif. Si je l'ai trouvé bon dans cet état émotionnel lorsque j'ai tracé la double barre à la fin, je ne le modifie plus. Je ne réinjecte pas les expériences potentielles dans l'œuvre achevée, mais je les intègre dans ma prochaine composition. De cette façon, chaque pièce reste l'empreinte authentique d'une période spécifique de ma vie.
Le site de Péter Zombola : www.peterzombola.com/en/
Propos recueillis par Máté Ur, représentant le membre hongrois du jury Papageno. Traduction et adaptation : Pierre-Jean Tribot pour Crescendo-Magazine
Crédits photographiques : Robert Balog