Le pari gagnant des Prem’s à la Philharmonie

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C’était l’une des interrogations de l’été du monde mélomane parisien : qu’allait donc donner ce format inédit pour les concerts de rentrée en salle Pierre Boulez, emprunté au Royal Albert Hall et à ses BBC Proms, comme en témoigne son nom ? L’on s’est glissé dans la fosse pour quatre concerts et, spoiler alert, l’expérience est un succès de bien des points de vue.

La Philharmonie n’échappe habituellement pas à la dure règle qui régit les institutions parisiennes : il est toujours particulièrement ardu de remplir sa jauge au tout début de septembre. Ainsi, l’on se souvient encore du 2 septembre 2023 où les Berliner et Petrenko ouvraient le bal alors que plus d’une centaine de places étaient encore vacantes à quelques heures de l’évènement. Pour contrer ce phénomène, alors que trois phalanges d’envergure venaient côtoyer l’Orchestre de Paris porte de Pantin en l’espace de huit jours, la Philharmonie décidait donc de faire un choix osé : passer dans une configuration hybride avec un parterre debout et trois balcons, à mi-chemin entre ses configurations symphoniques et contemporaines. La démarche était toutefois également la promesse d’un nouveau public, avec plus de 800 places par concert à 15 euros — pour celles debout dans la fosse, tarif plein — ou moins.

Dès lors, chacun allait de ses circonspections concernant le rendu acoustique global — force est de reconnaître qu’il eût été bien fâcheux de voir une 9ᵉ de Mahler aussi incandescente être gâchée par une mauvaise acoustique. Ainsi, lors de la conception de la salle, Kahle et Marshall, cabinets d’acousticiens en charge du projet, n’avaient effectué de simulations que dans deux dispositions définies : la symphonique, avec un parterre intégralement assis, et la contemporaine, destinée à la musique amplifiée avec trois balcons, une fosse debout étendue et sans arrière-scène. Première surprise : pour qui souhaite se placer près de l’orchestre, l’acoustique est indubitablement meilleure que ce que l’on a pu découvrir lors des concerts assis, et beaucoup plus proche des rendus dont on pourrait faire l’expérience sur scène. Point finalement logique, vu que l’altitude plus élevée et la plus grande proximité permettent de faire fi de toute acoustique — dans le sens de la réverbération des sons sur le nuage au-dessus de la scène-. Qui est trop excentré du mauvais côté peut faire les frais d’une balance déséquilibrée où les contrebasses et la corde de la des violoncelles prévalent, mais rien de nouveau par rapport aux limites déjà constatées sur les placements dans les tout premiers rangs des parterres latéraux. Pour le reste, l’échelonnement de la fosse permet à chacun d’acquérir une visibilité correcte, guère de « casquette » — i.e. partie recouverte par un autre balcon — ici en fond de fosse.

Autre inconnue de taille : quel niveau de nuisance sonore serait donc généré par la population de ce nouveau parterre debout ? Si l’on compte 476 places assises supprimées, l’on totalisait 732 places debout vendues le dimanche 7 septembre pour Chailly et la Scala, et l’on présumait d’instinct qu’un spectateur debout serait nécessairement significativement plus bruyant qu’un assis. Ce fut pourtant tout le contraire : la posture favorisant manifestement une audition plus active et attentive, et les auditeurs les plus tapageurs — et/ou âgés — ayant été pour l’immense majorité relégués à d’autres zones de l’auditorium. Ainsi, sur 1h20 de symphonie, l’on ne compta que cinq toux dans le parterre, et les sonneries de téléphones sont nettement plus rares. L’on n’est certes pas à l’abri d’un type se rapprochant un peu trop ou d’une petite fatigue musculaire au niveau des pieds au bout de 2h10 de concert. Mais, là encore, l’expérience est nettement plus réussie que dans un parterre habituel.

Restait finalement l’effet sur les interprètes : comment réagiraient-ils à cette masse humaine, nettement plus compacte qu’à l’habitude ? Ici encore, les retours semblent très positifs, comme en témoignent les visages lors des saluts et même des arrivées, à l’instar d’un Sebastian Breuninger manifestement conquis d’emblée par l’ambiance. Seule Julia Kleiter semblait ainsi plus tendue à la vue de ces visages à 160 centimètres d’elle, mais cette inquiétude initiale ne saurait occulter les saluts particulièrement enthousiastes qui vinrent saluer chacun des concerts de ces Prem’s, ainsi que les nouveaux publics qui purent découvrir des formations de très haute volée à un prix dérisoire. Mission réussie, donc.

Crédits photographiques : A.du Parc / Philharmonie de Paris

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