Le Quatuor Vanvitelli investit les sonates pour violon de Haendel

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Se in fiorito ameno prato. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Sonates en ré majeur HWV 371, ré mineur HWV 359a, la majeur HWV 361, sol mineur HWV 364a. Sonates en mi majeur HWV 373, sol mineur HWV 368 [attrib.]. Gian Andrea Guerra, violon. Nicola Brovelli, violoncelle. Mauro Pinciaroli, archiluth. Luigi Accardo, clavecin, orgue positif. Livret en anglais, français, italien. Mars 2024.  60’53’’. Arcana A578

Au regard de l’authenticité, les sonates que Haendel a ou aurait conçu pour le violon sont un terrain miné. Sans grande surprise, ce CD propose quatre valeurs sûres de l’opus 1, mais aussi deux autres habituées de ce genre d’anthologies, d’attribution douteuse, ajoutées sans guère de scrupule par l’éditeur John Walsh (c1665-1736). Si cet album emprunte son titre à un air de l’opéra Giulio Cesare in Egitto, dont on fêtait en 2024 le tricentenaire, c’est pour deux raisons.

D’abord parce qu’il cultive des références croisées, infusant quelques extraits du répertoire dramatique, mais aussi des citations et allusions offrant selon la notice « une immersion dans l’univers sonore très élargi de la musique de Haendel dans le Londres des années 1720 ». Comptent parmi les greffes quelques mesures de l’Ouverture de Rinaldo, une cadence de violon inspirée par l’air de César Se in fiorito ameno prato, un air de Cléopâtre arrangé par le violoncelliste Nicola Brovelli, des pièces pour clavier HWV 493a et HWV 572 transcrites au luth par Mauro Pinciaroli, l’Allemande HWV 479 en guise d’intermède au clavecin…

Aussi car, selon la présentation signée de David Vickers, le Quatuor Vanvitelli défend un style interprétatif « empreint de théâtralité », ce qu'accréditerait l'illustration un peu kitsch de la couverture. À bien entendre le résultat : pas forcément au sens de l’exubérance, de l’extraversion, mais plutôt dans la mesure où les interprètes s’ouvrent et alimentent un espace fictionnel. Par le commerce des emprunts, mais encore par l’appropriation des partitions. La licence d’exécution y trouve sa part, selon une éloquence, un phrasé très personnels.

Que ce soit dans l’alacrité des mouvements vifs (Finale de la sonate en la majeur), dans l’expressivité lyrique (Largo HWV 373), le maître mot semble la suggestivité. Plage après plage s’invente, se structure une sorte de dramaturgie sans parole, dont l’archet de Gian Andrea Guerra investit les facettes avec subtilité. Ce qu’un tel patchwork pourrait revêtir de factice se traduit plutôt par une mise en perspective aussi ingénieuse que sensible.

Christophe Steyne

Son : 8,5 – Livret : 9 – Répertoire & Interprétation : 9

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