Le répertoire des Virginalistes visité par les archets du Duo Coloquintes

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Music for two. Œuvres de William Byrd (c1539-1623), Ferdinando Richardson (1558-1618), Giles Farnaby (c1563-1640), John Munday (c1555-1630), Jan Pieeterszoon Sweelinck (1562-1621), John Carwarden (fl.1636-1660), Tobias Hume (1569-1645), Thomas Morley (c1557-1602), John Bull (1562-1628). Duo Coloquintes. Alice Julien-Laferrière, violon. Mathilde Vialle, viole de gambe. Mai 2024. Livret en français, anglais. 53’17’’. Seulétoile SEC 02

Considérant les précédents albums du Duo Coloquintes, consacrés à Johann Jakob Froberger puis Louis Couperin, la trajectoire était prévisible : après l’Allemagne, la France, voici le Royaume d’Angleterre. Principalement celui du règne d’Elisabeth Ire, de Jacques Ier, de Charles Ier, qui abonde en pièces pour consort de violes. Mais plutôt que des œuvres conçues pour archet qui auraient pu logiquement lui convenir, le tandem nous situe dans l’ère et le terrain des « Virginalistes » (William Byrd, John Bull, Giles Farnaby) en procédant à ses propres arrangements. On ne s’étonnera guère qu’il se soit penché sur le fondamental recueil Fitzwilliam, source majeure pour le répertoire pour clavier d’Outre-Manche à cette charnière des XVIe et XVIIe siècles, entre crépuscule de la Renaissance et orée du Baroque.

Alice Julien-Laferrière et Mathilde Vialle en ont tiré un éventail de danses (pavanes, gaillardes, marches, volte…), de chansons dont les mélodies ravissaient les oreilles de l’époque : John come kiss me now, Fortune my foe. Pour les cinq dernières plages du CD, une autre compilation est sollicitée, le manuscrit dit de « Susanne van Soldt » (1599), une adolescente anversoise dont la famille protestante s’était réfugiée Outre-Manche. On se souvient de l’album que l’ensemble Les Witches lui avait dédié (Alpha, 2008). La sélection inclut le célébrissime air La nonette, mieux connu sous le titre « Une jeune fillette ».

Hormis ces deux recueils, le programme invite un extrait des Captaine Humes Musicall Humors, où le violiste et soldat épanche une méditation pour un instrument de dessus ici attribuée au violon. Précédées par un bref prélude de John Carwarden, ces Lamentations constituent l’aval chronologique de ce florilège, et certainement le cœur émotionnel de ce CD.

Sur tous ces modèles, qui furent certes parfois des adaptations pour le clavier, le Duo Coloquintes a accompli un exemplaire travail de transcription. Ni clavecin, aucun continuo pour agrémenter l’accompagnement. Les étapes rythmées auraient peut-être mérité davantage d’audace. Mais qu’on ne craigne aucune monotonie tant la variété des ambiances, déployée entre mélancolie et réjouissance, s’incarne dans une interprétation des plus raffinées. Outre cette profondeur d’inspiration, reflet d’une connivence entre les musiciennes et avec les originaux, ce récital séduit par la spontanéité de la concertation, la chaleur des timbres, la diversité de ses couleurs.

Christophe Steyne

Son : 9,5 – Livret : 8 – Répertoire & Interprétation : 9,5

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