Le retour de Lucas Debargue à Angers
Toujours chaleureux, le public d’Angers a salué le retour de Lucas Debargue avec une chaleur exceptionnelle au Centre de Congrès en ce dimanche de Pâques. Invité régulier de l’ONPL, comme de Pianopolis où il s’est produit lors d’un mémorable concert à deux pianos avec son ami Alexandre Kantorow directeur du festival, Lucas Debargue a donné une version ébouriffante du Concerto N° 2 de Sergueï Rachmaninov porté par un ONPL incandescent sous la direction véhémente et passionnée de la cheffe d’orchestre américano-taïwanaise Mei-Ann Chen, directrice musicale du Sinfonietta de Chicago. Sa manière d’empoigner littéralement l’orchestre en le sollicitant au maximum était assez spectaculaire, avec sa manière de creuser le registre des cordes dans sa profondeur et avec une prédominance des cuivres particulièrement exposés dans les deux œuvres du programme, comme si la cheffe voulait atteindre la légendaire puissance des orchestre américains.
Cet écrin symphonique rutilant était presque en porte-à-faux avec la conception d’un Lucas Debargue jamais outrancier dans son interprétation exempte de toute boursouflure. Parfois submergé malgré lui par la déferlante orchestrale, le pianiste français était particulièrement expressif dans le splendide adagio sostenuto grâce à un toucher varié, prenant soin de dialoguer avec les solistes de l’orchestre avant de se lancer à corps perdu dans un finale fracassant. Il faut dire que Lucas Debargue est particulièrement à l’aise avec l’âme russe que lui a transmise sa professeure Rena Shereshevskaya sous la férule de laquelle il a remporté un prix très médiatisé du Concours Tchaïkovsky en 2015, devenant le protégé de Valery Gergiev avant les évènements de l’invasion de l’Ukraine. Il poursuit aujourd’hui une carrière internationale avec un agenda très chargé.
Après avoir remercié le public par un vigoureux thank you qui a fait rire la salle et lui-même, Lucas Debargue s’est lancé dans une improvisation mêlant habilement sa technique pianistique et ses élans du cœur avec un soupçon d’humour.
Après l’entracte, la Symphonie du Nouveau Monde d’Antonín Dvořák est venue confirmer le style sur expressif de Mei-Ann Chen particulièrement à son aise dans cette partition haute en couleurs dans laquelle elle a fait passer un souffle puissant. Avec des tempi justes et énergiques, elle a construit cette oeuvre archi-connue avec une gestique persuasive, n’hésitant pas à remercier l’orchestre par un pouce levé à chaque intervention un peu périlleuse. Les trois concerts à Angers, Nantes et La Roche-sur-Yon affichent complet, une manière de saluer à la fois le programme et la présence des deux invités.
Angers, Centre de Congrès – dimanche 5 avril
François Hudry
Crédits photographiques : Xiomara Bender