Quatre œuvres chambristes de Grégoire Rolland

par

Cordes tressées. Grégoire Rolland (*1989) : Sān, pour violon, violoncelle et piano. Cordes tressées, pour quatuor à cordes. Trois Danses, pour piano et cordes. D’une goutte à l’océan, pour sextuor à cordes. Quatuor Girard. Grégoire Girard, Agathe Girard, violon. Hugues Girard, alto. Lucie Girard, violoncelle. Moya Yu, piano. Marie-Anne Hovasse, alto. Luc Dedreuil, violoncelle. Septembre 2024. Livret en français. 53’24’’. Hortus 245

Organiste, compositeur en résidence à l’Orchestre National de Lyon, professeur au Conservatoire d’Avignon, Grégoire Rolland propose en cet album quatre œuvres de chambre pour piano et/ou cordes, révélatrices de sa technique et de ses références culturelles. Dans l’ordre du programme, elles apparaissent par effectif croissant, du trio au sextuor. Coïncidence, ce même titre de « cordes tressées » rassemblait récemment une sonate, deux trios et un quatuor du compositeur niçois Alain Fourchotte (né en 1943), parus chez le label Triton en février 2024. Mais c’est un tout autre idiome qui s’exprime dans le disque publié ici par Hortus.

Inspiré par un ouvrage de propédeutique chinois, Sān cultive la symbolique du chiffre trois : dans ses intervalles, sa morphologie, et sa structure en triptyque qui involue vers la lenteur d’un choral dont la stase et le langage épuré peuvent évoquer la dernière section du Quatuor pour la fin du Temps d’Olivier Messiaen. Stimulée par une commande, écrite en 2022 alors qu’on célébrait le bicentenaire de César Franck, Cordes tressées est un hommage au Quintette du Pater Seraphicus et explore le sens de cet adjectif, transversalement à chaque partie de l’œuvre, et dans ses corollaires symboliques de lien, de mise en relation. Densité et son ostinato de violoncelle en est un des moments forts.

Également issues d’une commande de « Musique sacrée et orgue en Avignon », les Trois Danses introduisent une Valse dont le dramatisme fataliste (décliné d’après Les Souffrances du jeune Werther de Goethe) se charge de présages funestes. Suit une Passacaille qui lui emprunte son thème en valeurs longues, comme il se doit support de variations. Conclusion sur un joyeux Tambourin dont l’espièglerie et les élans folkloriques (clin d’œil à la Provence) conjurent les sombres ambiances des deux premiers mouvements.

C’est une autre source littéraire, baudelairienne, qui est citée en épigraphe à D’une goutte à l’océan. Comme suggère le titre, l’eau est au fondement de ce paysage sonore qui pour l’auteur représente une interprétation de ce qu’évoque la mer : sa matière limpide, mais aussi sa coalescence, sa canalisation sous forme de vagues. Cette pièce aussi texturaliste qu’impressionniste s’élabore autour de la structure d’un sinogramme et de son potentiel musical, rappelant les muses asiatiques du jeune créateur.

Autour du clavier de Moya Yu, sa compagne d’origine chinoise, et investie dans la promotion du répertoire contemporain, on salue l’implication du Quatuor Girard, épaulé par Marie-Anne Hovasse et Luc Dedreuil pour le sextuor. L’équipe réussit à valoriser les différentes facettes d’un univers non seulement riche de signification mais dont la poésie se partage aisément à l’auditeur. « S'appuyer sur la musique du passé pour la réinventer » ambitionnait l’album que Grégoire Rolland avait conçu autour des sacrements de l’Église et des mystères de la cathédrale d’Aix. On retrouve dans le présent CD cette fructueuse éthique de la mission et de la transmission.

Christophe Steyne

Son : 9 – Livret : 9 – Répertoire & interprétation : 8,5

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