Récital vocal autour du propre clavicorde de Mozart, capté à Salzbourg
Mozart’s clavichord. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : airs, chansons, pièces pour clavier. Georg Nigl, baryton. Alexander Gergelyfi, clavicorde. Mai 2024. Livret en allemand, anglais, français ; paroles et traduction bilingue. 81’28’’. Alpha 1142
La vedette de l’album, c’est ce clavicorde ayant appartenu à Mozart lui-même, conservé dans sa maison natale, sous l’égide de la Fondation de Salzbourg qui le préserve et entretient la mémoire du compositeur. Un trésor qui servit de témoin d’ouvrage voire d’écritoire, comme en attestent les taches d’encre sur le couvercle : si l’on en croît la veuve Constance, un laboratoire de la genèse d’ultimes chefs-d’œuvre comme La Flûte enchantée, La Clémence de Titus et le Requiem, dont le Lacrimosa arrangé au seul clavier conclura furtivement cet album.
Significativement, le programme débute par l’Ouverture et l’air Ein Mädchen oder ein Weibchen de Die Zauberflöte, –un choix bienvenu quand l’on sait que Georg Nigl considère le personnage de Papageno comme un de ses rôles favoris. Suivent une Marcia de la Clemenza, puis une généreuse sélection de pages vocales et instrumentales. Le répertoire soliste inclut les fragmentaires Fantaisies K. 396 et 397, la Marche funèbre K. 453a, le Rondo en ré majeur K. 485, et même l’Adagio K. 356 conçu pour « harmonica de verre ».
Plusieurs étapes chantées distillent insouciance et candeur dans Zufriedenheit K. 497, aussi dans Sehnsucht nach dem Frühling K. 596 et le Kinderspiel K. 598 datant tous les deux de janvier 1791, écrits quelques mois avant la maçonnique Kleine deutsche Cantate K. 619 qui remonte au dernier été. Dans un autre terreau d’affects, on succombera au délicat Abendempfindung an Laura K. 523, ou ce long Lied der Trennung d’un émoi pré-schubertien. Gage de la diversité des registres expressifs conviés par ce CD, on s’amusera du cocasse Die Alte K. 517 : s’y contrefait l’accent d’une marâtre pour déplorer le bon vieux temps, dans une veine matriarcale qui ne déplairait pas aux féministes d’aujourd’hui, ou d’avant-hier.
Dans la notice, le baryton autrichien explique qu’il lui a « fallu chanter très doucement » pour s’accommoder à un instrument qui, comme l’on sait, s’avère intrinsèquement feutré et intimiste, voué à l’usage domestique et non à la salle de concert. L’équilibrage avec la voix représente une gageure pour les micros, en l’occurrence on regrette que le clavicorde semble grossi, et que l’exiguïté du lieu implique une perspective frontale et prosaïque. Outre cette étroite acoustique de cabinet, le haut niveau de gravure conduit à modérer le potentiomètre de quelques décibels. C’est le seul revers qu’inspire cette intéressante anthologie, baignée par la magie du genius loci et la mythologie associée à cet historique clavicorde.
Christophe Steyne
Son : 7 – Livret : 8,5 – Répertoire : 8-10 – Interprétation : 8,5