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Mitridate Eupatore d’Alessandro Scarlatti : création barcelonaise au Palau de la Mùsica Catalana

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On peut qualifier Mitridate de tragédie parfaite dans le sens où elle traite des passions humaines dans son versant le plus ignominieux : les luttes pour le pouvoir royal justifieraient l’infanticide et/ou le parricide, le tout avec les travestissements d’usage qui facilitent toutes les trahisons et les renversements de situation dramatique. L’origine de l’ouvrage remonte à la Grèce antique : Sophocle et Euripide ont traité le sujet dans leurs Electra et L’Orestiade respectives. Plus tard, Racine laissera un texte vigoureux qu’admirait Louis XIV et dont se sont inspirés les divers librettistes qu’ont traité le sujet. Car le Farnace vivaldien, ou ceux de Corselli, Caldara et Sarti, ou celui de l’adolescent Mozart parmi une bonne vingtaine d’auteurs, partagent une histoire qu’a été racontée de façons multiples, mettant quelques fois l’accent sur les luttes fratricides, comme dans Mozart ; d’autres, comme dans le livret de Girolamo Frigimelica Roberti pour Scarlatti, sur le personnage abject de Stratonica, capable de commander froidement l’assassinat de son fils Mitridate pour épouser l’usurpateur Farnace. L’auditeur peu avisé pourra s’embrouiller avec les noms des personnages des divers compositeurs car les librettistes successifs ont eu suffisamment d’imagination pour changer les noms des mêmes rôles… 

Alessandro Scarlatti aura connu un échec cuisant lors de sa création à Venise en janvier 1707, il le fera reprendre à Milan et à Reggio d’Emilie quelques années plus tard, avant de tomber dans un oubli pluriséculaire...  Ce sera (évidemment…) au Festival d’Innsbruck en 1995 qu’elle connaîtra sa résurrection moderne, mais on ne connaît pas encore d’enregistrement discographique de l’œuvre. La version présentée hier par le groupe catalan « Les Vespres d’Arnadí » (un nom qui évoque des desserts garnis en musique dans les maisons patriciennes du Levant hispanique…) était brillante à beaucoup d’égards et, de toute façon, extrêmement opportune car l’imagination déployée par le compositeur napolitain afin d’illustrer musicalement le drame et les différents « affects » des personnages mérite sans conteste que cet opéra soit connu du grand public. Un air comme celui de Laodicé Cara tomba del mio diletto est un véritable bijou musical, tout comme ce terrifiant Uccidete, distruggete… de Farnace est un prodige d’imagination instrumentale. 

La magnificence de voix au Festival d’Ambronay

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Le Festival d’Ambronay fête ses 40 ans sous le thème de « musique baroque et métissée ». Pendant quatre week-ends prolongés (du jeudi au dimanche), se succèdent des musiciens et ensembles de renom, tels que Hespèrion XXI et Jordi Savall, Les Arts Florissants et William Christie, Les Correspondances et Sébastien Daucé, Pygmalion et Raphaël Pichon, ou encore Les Talens Lyriques et Christophe Rousset. Un laboratoire d’expériences pratiques et artistiques où la musique baroque et ancienne, ses programmes, allant de la musique médiévale à des créations contemporaines, sont devenus au fil des années de plus en plus variés. Le Festival Eeemerging (un festival dans le Festival, avec six jeunes ensembles de musique ancienne qui présentent le résultat de leurs résidences ; cette année l’ensemble Concerto di Margherita a remporté le prix du public), notamment, fait du Festival d’Ambronay une pépinière de jeunes talents. C’est un rendez-vous annuel baroque incontournable pour les mélomanes, les amateurs et les programmateurs.

La Folie et le « Baroque Lande » d’amour et de passion

Pour le troisième week-end, les trois concerts vocaux dont un opéra étaient tous de très haute volée. Le programme « Eclats de folie » (27 septembre) de Stéphanie d’Oustrac et l’Ensemble Amarillis (qui fête ses 20 ans) se déroule sous forme de récit lyrique ou opéra pastiche. Une fois entrée en scène, la Folie passe par tous les états dans son aventure amoureuse. L’histoire est contée par des pièces instrumentales et vocales de Campra, Marais, Purcell, Haendel…, aux caractères et ambiances fort différents, sans oublier l’irrésistible scène de tempête. Toujours profondément engagée dans son art, Stéphanie d’Oustrac incarne à merveille ce personnage clé du répertoire. Plus le concert avance, plus elle fait preuve d’une expressivité surprenante, avec une belle complicité de l’ensemble Amarillis qui met efficacement en relief l’évolution sentimentale de l’héroïne.