Colin Currie Group, 20 ans, sublime Steve Reich, 90 ans
Un détour par la gare pour accueillir un ami venu de Bruxelles, un verre en terrasse à la Place de Paris avant de grignoter un sandwich au foyer de la Philharmonie – dont je laisse découvrir l’architecture intérieure, à la fois imposante et ludique – et nous nous installons dans le Grand Auditorium, occupé par des curieux ou des connaisseurs de l’œuvre du compositeur américain : à 90 ans Steve Reich garde sa réputation de pionnier novateur intacte.
En pièce d’ouverture, Music for Pieces of Wood, qui partage avec Clapping Music la volonté de faire surgir une musicalité à partir d’instruments particulièrement simples, met en œuvre cinq claves (deux courts bâtons cylindriques de bois dur que l’on frappe l’un contre l’autre), choisies pour la richesse du timbre et de hauteurs différentes : le rythme est exposé, nu et mystérieux à la fois ; un premier instrument assure la pulsation (le fil rouge indéfectible), les autres s’emparent progressivement des interstices silencieux et bâtissent puis détricotent des figures selon un mouvement symétrique, en forme d’arche. La partition est dépouillée, le procédé visible – et la précision de l’interprétation (le Colin Currie Group, né en 2006 à l’occasion de l’interprétation de Drumming aux BBC Proms, centre son répertoire sur les œuvres de Steve Reich) telle que l’auditeur laisse aller le mécanisme, le suit et l’oublie pour s’absorber dans la perception des minuscules différences de hauteur et de densité.