Mots-clé : Eun Sun Kim

 A Genève, un Frank Peter Zimmermann captivant

par

le 11022026

‘Pom pom pom pom’… tel est le titre figurant à l’affiche du concert du 11 février donné au Victoria Hall par l’Orchestre de la Suisse Romande dirigé par Eun Sum Kin. De quoi s’agit-il ? De la malheureuse Cinquième de Beethoven si galvaudée, si vilipendée. L’on croit revenir aux années soixante où cette pauvre symphonie avait été ridiculisée en ‘Pince à linge’ par Les Quatre Barbus.

A-t-elle ici meilleure fortune ? La cheffe coréenne Eun Sun Kim, directrice musicale du San Fancisco Opera depuis 2021, l’inscrit en seconde partie de programme en empoignant l’Allegro con brio initial avec une énergie nerveuse qui veut mettre en exergue les lignes de force, tout en faisant la part belle aux vents, tellement ravis d’être libérés de la bride sur le cou habituelle, s’en donnant à coeur joie en gonflant délibérément les tutti, quitte à sombrer dans la boursouflure. L’Andante con moto confine ici à un allegro moderato dépourvu de toute profondeur méditative, laissant à nouveau la primauté aux souffleurs. Il faut en arriver au Scherzo pour trouver enfin quelques oasis de sérénité nimbées de pianissimi régénérateurs en réponse aux cors martelant en fortissimo le motif du destin et au fugato véhément des cordes graves. Et de pétaradants fortissimi enveniment l’Allegro conclusif qui s’achève par un vivacissimo à épater le bourgeois qui, bon prince, applaudit généreusement. Que sommes-nous tombés bien bas à quelques jours d’une Quatrième de Beethoven toute en finesse offerte par Daniele Gatti ! Et vient à l’esprit le shakespearien Much Ado About Nothing (Beaucoup de bruit pour rien) …

En première partie, Eun Sun Kim avait présenté l’ouverture de Mendelssohn Les Hébrides en prônant la fluidité de discours au détriment d’une ligne mélodique inexistante. Puis elle s’était ingéniée à opposer les contrastes de coloris avec une virulence fébrile dont cette musique n’a guère besoin …