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Les JM ont 85 ans et lancent « Ode aux lendemains », un spectacle-appel à la résistance

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C’est en octobre 1940 que sont créées à Bruxelles les Jeunesses Musicales, un mouvement qui gagnera après-guerre une dimension mondiale. A cette occasion, les JM programment « Ode aux lendemains », un spectacle qui rejoint le thème fondateur de résistance à la base de leur fondation en 1940. L’intuition du fondateur Marcel Cuvelier n’était-elle d’organiser un mouvement qui allait rassembler tous les jeunes du pays autour de ce grand idéal qu’était la découverte de la musique classique du monde entier ? Son but : faire jaillir une flamme d’espoir et entretenir la force de la musique pour unir, apaiser et inspirer. L’urgence de cette démarche est plus que jamais d’actualité aujourd’hui.

L’organisation de ce spectacle représente aussi un juste retour à la démarche fondamentale des Jeunesses Musicales : faire partir le mouvement des jeunes eux-mêmes, en faire leur chose, longtemps illustrée par la démarche fondamentale des délégués, ces intermédiaires jeunes eux-mêmes entre les membres et les organisateurs. « Ode aux lendemains », qui est soutenu par toutes les équipes des Jeunesses Musicales et l’équipe pédagogique de l’OPRL, part du travail de 140 jeunes de 5e et 6e, issus de huit écoles d’horizons très différents. Cette création collective est portée par Fabrice Murgia, à coup sûr, le metteur en scène belge le plus innovateur et par le compositeur arrangeur Gwenaël Mario Grisi, très remarqué lors de sa résidence à l’OPRL. Elle est basée sur une série de grandes œuvres, de l’« Hymne à la joie » de Beethoven à « Romeo et Juliette » et sur des textes écrits et chantés par 140 jeunes de 5e et 6e. Le tout dirigé par Laurent Zufferey.

Les si beaux chants douloureux d’un triste héros romantique

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A l’Opéra de Liège, le public est invité ces jours-ci à partager « les souffrances du jeune Werther », telles que Goethe les a d’abord consacrées en littérature avant que le compositeur Jules Massenet ne les accomplisse en une partition et des airs qui ne cessent d’émouvoir. J’ai pu assister à la pré-générale de cette production.

Triste destinée en effet que celle de ce jeune homme absolument étranger aux quotidiennetés de son entourage, rêveur, épris d’absolu, en communion avec une nature idéalisée. Le type même du « romantique ». De plus, évidemment désespérément épris de celle qu’il ne peut aimer. Il l’aime « à en mourir ». Il se suicidera.

Celle qu’il aime ainsi, c’est Charlotte, et s’il ne peut l’aimer, c’est qu’elle est promise à Albert, qu’elle épousera. Mais elle aussi aime ce Werther qu’elle ne peut aimer. Des passions contrariées, éminemment romantiques donc. Autour d’eux, en contraste, « la vraie vie », celle des ribotes de joyeux drilles, celles des répétitions de chants de Noël enfantins.

Comme je viens de l’écrire, la musique de Jules Massenet accomplit cette tragédie. Dans ses intermèdes, dans ses moments instrumentaux solistes, dans ses répétitions thématiques, ses leitmotivs en quelque sorte. Dans ses airs merveilleux. Elle est immédiatement expressive, elle est séduisante, elle est envoûtante.

Lors de la pré-générale, Giampaolo Bisanti et l’Orchestre de l’Opéra de Wallonie-Liège étaient déjà « à la juste mesure » de cette partition. 

Quant aux solistes, tout en devant ménager leurs voix, ils ont fait preuve d’une belle générosité dans leur chant, laissant facilement imaginer ce qu’ils offriront au public des représentations à venir - qu’ils réjouiront. Que ce soit Arturo Chacon-Cruz-Werther, Clémentine Margaine-Charlotte, Elena Galitskaya-Sophie, Ivan Thirion-Albert, Ugo Rabec-Le Bailli, Pierre-Derhet-Schmidt, Samuel Namotte-Johann, Jonathan Vork-Bruehlmann, Lucie Edel-Kätchen, sans oublier la fraîcheur des petits chanteurs de la Maîtrise de l’Opéra.

Un public aussi content que lui : « Il Turco in Italia » de Gioachino Rossini à Liège

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A l’Opéra de Liège, le public a été manifestement très content de sa rencontre avec les personnages d’Il Turco in Italia, grâce évidemment au savoir-faire et à l’inventivité réjouissante de Rossini, grâce aux interprètes et grâce aussi à Fabrice Murgia qui les a allégrement mis en scène.

« Peut-être le public sera-t-il aussi content que moi » : tels sont les derniers mots de l’œuvre, prononcés par le poète Prosdocimo, en quelque sorte le deus ex machina de ce qui vient de se jouer, un deus ex machina savoureusement souvent dépassé par les initiatives inattendues de ses inspirateurs-interprètes. Il Turco in Italia est bien une « comédie à l’italienne ».

A Naples, un auteur en mal d’inspiration la trouve en observant autour de lui le théâtre de la vie : Zaida, une gitane exilée qui ne se remet pas d’avoir été injustement répudiée, expulsée du sérail de ce pacha Selim qu’elle aime tant. Fiorilla, l’épouse fatiguée de Geronio, son vieux mari, fatiguée aussi de Don Narciso, son amant encombrant, et en quête d’un renouveau. Selim, lui-même, qui débarque, « Turc en Italie », et va donc se retrouver « au carrefour » des deux belles. Vous imaginez aisément les quiproquos, les imbroglios, les espoirs, les désespoirs, les retournements de situation. Mais, comédie oblige, tout est bien qui finit bien, chacun retrouve sa chacune. 

Si cette « comédie à l’italienne » nous enchante, c’est évidemment d’abord grâce à Rossini. On connaît Rossini, on connaît ses procédés, on attend leur surgissement et on s’en réjouit. Il est vrai que ce paresseux travailleur (jusqu’à sa retraite anticipée à l’âge de 37 ans) avait bien compris que se répéter, voire même recycler des partitions (ce n’est pas le cas ici), n’est pas un défaut quand le résultat est là et que le public en redemande. Giuseppe Finzi, qui est un de ses familiers, a bien mis en valeur cette inventivité réitérée à la tête de l’Orchestre et des Chœurs de l’Opéra de Wallonie-Liège.