Mots-clé : Vincent Boussard

L’Opéra en fête : « Bartleby » et « La Voix humaine » à l’Opéra de Liège

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Quelle belle fête pour l’opéra que la nouvelle proposition de l’Opéra Wallonie-Liège : une découverte et un accomplissement.

La découverte, c’est celle du « Bartleby » : la création mondiale du nouvel opéra de Benoît Mernier, qui avait déjà convaincu avec ses « Frühlings Erwarten – Eveil du printemps » en 2007 et « La Dispute » en 2013. Il confirme !

Le sujet déjà est plus que bienvenu : Bartleby est ce nouvel employé d’un grand cabinet new-yorkais qui, après avoir prouvé toutes ses compétences, surprend un jour en répondant à une sollicitation de travail : « I would prefer not to – Je préférerais ne pas » ; une réponse tranquille aux effets radicaux : il ne travaille plus, il ne s’en va pas, immobile et silencieux dans l’agitation des bureaux. C’est Herman Melville, l’auteur du fameux « Moby Dick », qui a écrit cette petite nouvelle qui n’en finit pas de susciter de nombreux échos et ne cesse de nous interpeller. Et cela de plus en plus, dans notre monde des « performances », des « objectifs », des « évaluations ». Quelqu’un se retire du « jeu », mais sa présence perpétuée en devient une dénonciation inadmissible.

Cette production est le résultat d’un incontestable travail d’équipe. Sylvain Fort a écrit un livret qui à la fois rend compte exactement de l’œuvre initiale et lui donne le rythme qui convient à une représentation lyrique. Un rythme étrange dans la mesure où le anti-héros s’installe dans le « not to », dans une présence absente – une notion essentielle pour décrire son retrait et la mise en cause qui en résulte de ce monde comme il va.

Grâce à sa partition, Benoît Mernier multiplie en quelque sorte le propos. Il lui donne des notes d’équivalence aux situations (l’agitation bureautique) ou révélatrices des états d’âme et des atmosphères. Cela se manifestant par de belles pages délicates étirées et notamment des solos de violon. C’est une partition qui dit, qui suggère, qui « impressionne » - au sens d’impressionnisme : nous ne restons pas à distance du propos, nous voilà en rencontre sensible avec le personnage. Cette partition, l’orchestre et le chœur de l’Opéra Wallonie-Liège la servent au mieux, motivés d’ailleurs par les indications précises et empathiques de Karen Kamensek.

Edward Nelson est vocalement – et physiquement aussi – l’incarnation de Bartleby. Patricia Ciofi s’impose dans la voix et le beau personnage de l’Avocate, perturbée, mise en question, par le comportement de son collaborateur. Quant à Damien Pass-Turkey, Santiago Bürgi-Nippers, Gustave Harmegnies-Ginger Nut et Bruno Silva Resende-Le Garde -, ils sont les pions agités menacés par « l’insubordination » de Bartleby.

I Puritani à Liège : deux voix derrière un voile

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Créé en 1835, « I Puritani » est le dernier opéra de Vincenzo Bellini, bientôt emporté par une maladie fulgurante alors qu’il n’a que 34 ans. Après « Norma » et « La Sonnambula », c’est une œuvre de grande maturité lyrique et d’une incroyable exigence interprétative.

Le titre ne doit pas nous égarer : le contexte historique est bien celui du conflit qui opposa en Angleterre au XVIIe siècle les Puritains, partisans de Cromwell, aux Cavaliers, ceux des Stuart, mais il n’est là que pour huiler les rouages d’une mécanique dramatique. L’essentiel est ailleurs, dans une histoire d’amour réciproque et difficile à faire reconnaître (Elvira, fille de Puritain, aime le royaliste Arturo), de fidélité au risque de soi-même (celui-ci la quitte pour sauver Enrichetta, la veuve menacée du roi décapité), de sentiment de trahison et de la folie qui en résulte chez Elvira. D’immenses sentiments exacerbés. Ceux qui conviennent parfaitement aux déferlements lyriques. Et donc à la mise au défi du talent des interprètes. Et donc au bonheur des lyricophiles !

On considère que les rôles d’Elvira et d’Arturo sont parmi les plus difficiles du répertoire. Quand ils sont justement interprétés, ils sont de ces airs qui donnent la chair de poule et suscitent les ovations. Zuzana Marková (Elvira) et Lawrence Brownlee (Arturo) n’ont pas déçu les attentes : en toute virtuosité expressive, ils se sont joués des péripéties de leurs partitions, y ajoutant un engagement scénique qui a rendu leurs personnages absolument convaincants. Chair de poule et ovations !

Une expérience enrichissante

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Peu de compositeurs ont été autant adulé pendant leur vie et vilipendé après leur mort comme Giacomo Meyerbeer, le représentant le plus important du « grand opéra », ce genre qui ravissait le public parisien de la première partie du 19e siècle par son ampleur (trois à cinq actes), son sujet historique, sa mise en scène spectaculaire avec ballet obligatoire, ses chœurs impressionnants et sa distribution luxueuse.

Le Triomphe des chanteurs

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Kate Aldrich (Leonor de Guzman), Yijie Shi (Fernand) © Patrice Nin

La Favorite à Toulouse
« La Favorite » grand opéra en quatre actes de Donizetti sur un livret d’Alphonse Royer et Gustave Vaëz fut créé le 2 décembre 1840 à l’Opéra de Paris, salle Le Peletier. Mais c’est sans doute comme « La favorita » que l’opéra fut le plus joué internationalement et enregistré.