Vsevolod Zavidov, la révélation pianistique à Monte-Carlo
Vsevolod Zavidov, jeune pianiste russe de 19 ans, s’impose déjà comme un phénomène. Premier récipiendaire de la Fondation Radu Lupu, créée en hommage au grand maître, il attire l’attention du monde musical. Il est l’invité de la saison des récitals de Monte Carlo, dans la somptueuse Salle Garnier où le Steinway de concert semble l’attendre comme un écrin. Zavidov rappelle un peu le jeune Evgeny Kissin , tant par l’allure que par la fougue.
Le récital s’ouvre avec la Sonate n°48 en do majeur Hob. XVI.35 de Haydn. Ces sonates sont de véritables joyaux poétiques, où la grâce et l’inventivité du compositeur se déploient avec délicatesse. Sous les doigts agiles de Zavidov, le génie de Haydn s’épanouit dans toute sa splendeur. La maîtrise de la dynamique et du rythme est impeccable. Virtuosité exquise, justesse et aisance, mais toujours dans l’esprit d’une improvisation libre et spontanée.
Il enchaîne avec les Quatre Impromptus op.90 de Schubert. Ici, l’émotion contenue et la sensibilité brute se révèlent dans un équilibre fragile et bouleversant. Le jeu de Zavidov est d’une légèreté et d’une précision étonnantes, mais aussi profondément habité. Chaque nuance, chaque difficulté est abordée avec une pureté absolue. Le toucher, subtil et lumineux, donne naissance à des moments d’une intensité rare. Douceur, naturel, élégance, profondeur : l’interprétation captive et bouleverse, laissant la salle suspendue à chaque note.
Après l’entracte, place à deux sommets du XXᵉ siècle Tout d'abord Gaspard de la nuit de Ravel. Zavidov en révèle toutes les facettes : l’éclat aquatique “d’Ondine”, la gravité funèbre du “Gibet”, l’ironie démoniaque et fantasque de “Scarbo”. Des pianissimos suspendus aux déferlantes éclatantes, il allie précision vertigineuse et intensité expressive. On a le sentiment de redécouvrir l’œuvre, tant l’interprétation est captivante, suggestive et inspirée.
Le récital se conclut par Trois mouvements de Petrouchka de Stravinsky. Dans cette transcription vertigineuse de l’original orchestral, le piano devient orchestre, et le pianiste une véritable marionnette du ballet. Dans ce feu d’artifice sonore étourdissant, scintillant et virtuose, Zavidov allie vitesse et précision, maîtrise des contrastes et des changements de tempo. Brillant, éblouissant, époustouflant techniquement. Une véritable démonstration d’art pianistique.
En bis, il offre une Vocalise de Rachmaninov, épurée, chantante, empreinte d’émotion, comme un dernier cadeau au public.
Un triomphe. Vsevolod Zavidov confirme qu’il est l'une des plus grandes révélations pianistiques de sa génération.
Monte-Carlo, Salle Garnier, 3 octobre
Crédits photographiques : Priska Ketterer/Lucerne Festival