Originalité, efficacité et charme d'un très joli disque

par
Georg Friedrich HAENDEL (1685 - 1759) ARIE PER LA CUZZONI Hasnaa BENNANI, soprano, Orchestre Les MUFFATI, dir.: Peter VAN HEYGHEN 2016-69'27-Présentation en français, anglais, allemand-Textes en italien, anglais, allemand, français-chanté en italien-RAMEE- RAM 1501, directeur artistique et enregistrement Rainer Arndt 2016-69'17-présentation en anglais, allemand, français- textes en italien, allemand, anglais et français- chanté en italien- Ramée RAM 1501 Quand « George Frideric Handel » (une des nombreuses graphies de son nom en Angleterre) demande à Sandoni, son second « cembaliste » d'aller en Italie pour y trouver un soprano d'exception, il ne se doutait sûrement pas des difficultés que lui causerait la nouvelle recrue ! Car dès qu'elle eut touché le sol anglais, elle multiplia les caprices de « prima donna » : d'abord se faire épouser par Sandoni, ensuite obtenir un cachet de 2000 livres alors que Haendel, tout à la fois compositeur, directeur de théâtre, metteur en scène, répétiteur et son propre banquier en gagnait moins de 800 ! Se sachant attendue avec impatience, - Roi, aristocratie, public et nombreux articles de presse, Francesca Cuzzoni se montra impérieuse, exigeante, imposant deux représentations à son bénéfice, refusant de chanter l'air (pourtant admirable!) de Teofane au Ier Acte d'Ottone sous prétexte qu'il ne la mettait pas assez en valeur... Haendel fit front et, l'ayant prise à bras le corps, la suspendit au dessus du vide par la fenêtre du King's theatre menaçant de l'y jeter si elle persistait dans son entêtement. Finalement tout rentra dans l'ordre. Certes « La Cuzzoni » n’était pas très belle avec sa grosse tête ronde, ses bajoues tombantes, son nez proéminent et son grand front dégarni. Mais elle possédait un admirable « soprano de rossignol » qui enivrait tous les spectateurs – du Roi et la Gentry au bon peuple de Londres. Or au même moment, Haendel devait faire face à bien d'autres difficultés : venu à Londres pour y triompher Bononcini (1670-1747) était protégé par le Duc de Malborough quand lui-même voyait le Roi s'éloigner, le Prince de Galles et l'aristocratie lui tailler des croupières (en organisant par exemple de grands dîners mondains les jours de représentations haendeliennes !). La renommée du compositeur commençait à être sévèrement disputée. Il fallait répondre : c'est alors qu'intervient la Cuzzoni. En 1990, Lisa Saffer s'était déjà mesurée au répertoire de l’irascible diva sans convaincre (dir.Mac Gegan, harmonia mundi) suivie par de nombreuses interprètes qui se sont emparées de la rivalité avec Faustina Bordini, ou simplement, d'airs isolés. Ici la jeune soprano franco-marocaine apporte une fraîcheur enchanteresse au personnage à la fois inquiétant et fascinant de la soprano légendaire. Mais c'est aussi au courage de Haendel qu'est rendu hommage avec tact, élégance et une parfaite « mise en scène ». Comme celle de son modèle la voix est « pure et pénétrante », le timbre ravissant, l'expression vivante et chaleureuse. Avec une conviction intérieure toujours mesurée. Avec aussi une musicalité précise dans les ornements comme dans le geste vocal toujours en phase avec les instruments de l'ensemble Les Muffati. Ces derniers offrent des pages instrumentales (marches, ouverture, sinfonias...) d'un goût parfait, d'un baroquisme vivant et léger sous l'élégante baguette de Peter van Heyghen qui concourent à la joie qu'exprime ce disque fort intéressant. Car au delà du programme purement musical, c'est Haendel lui-même qui est ici célébré, avec son courage dans l'adversité, sa stature d'homme et de compositeur toujours sur la brèche pour se défendre et pour créer : quelques sept chefs d’œuvre inoubliables, en à peine six ans, et qui sont l'objet de ce disque : d' Ottone (création le 12 janvier 1723) à Tolomeo (30 avril 1728) - Giulio Cesare (24 juillet 1724), Tamerlano (31 octobre) et Rodelinda (15 fèvrier 1725), Scipione et Alessandro en 1726 (les 12 mars et 5 mai!), Admeto en 1727 (31 janvier), Siroe (le 15 fèvrier) juste avant Tolomeo ! Ceci également concourt à l'originalité, à l'efficacité et au charme de ce très joli disque. Bénédicte Palaux Simonnet Son 10 - Livret 10 - Répertoire 10 - Interprétation 10

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