Des « Goyescas » hautes en relief

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Enrique Granados
(1867-1916)
Goyescas, Escenas Poéticas, Intermezzo de la Ópera Goyescas, El pelele (Enesca Goyesca)
Joop Celis, piano
2016-77'09''-Textes de présentation en français, anglais et allemand-BIS-2122

Graver les Goyescas est un défi que peu de pianistes relèvent de gaieté de cœur, tant les versions qu’en a laissées Alicia de Larrocha (notamment chez RCA) semblent indétrônables. De nombreux interprètes tombent, du reste, dans le piège consistant à conférer à ces pièces, qui relèvent du salon bien plus que de la feria, des accents andalous ou mauresques hors propos. On aurait tort, pourtant, de comparer le chef-d’œuvre de Granados à Ibéria d’Albéniz. D’aucuns n’hésitent pas même à le jouer comme d’autres dansottent ou se trémoussent dans España de Chabrier, la Symphonie espagnole de Lalo, ou quelque suite gitane... Or, c’est une Espagne délicate et sensuelle – galante, en quelque sorte – que nous font entrevoir les Goyescas. Frank Marshall, disciple du compositeur natif de Lérida, insistait à cet égard sur le fait que le caractère hispanique de la musique de Don Enrique est « très éloigné de celui de l’Andalousie; il est dépourvu de vulgarité, d’expressions violentes, d’exultation et de drame. Au contraire, Granados réussit à capturer toute l’élégance, la subtilité et la noblesse de l’Espagne du 18e siècle. Il était aussi espagnol que Chopin était polonais et Liszt hongrois. Il stylisait, formalisait et polissait le folklore de sa musique ». De l’aveu du compositeur, ce qui le fascinait chez Goya, c’était non seulement sa palette et sa psychologie, mais aussi les joues roses et blanches sur la dentelle et le velours noirs, ces corps aux tailles fines, ces mains de jasmin et de nacre posées sur des colifichets noirs comme jais. Joop Celis, qui fut l’élève de Paul Badura-Skoda à la Folkwang Musikhoschschule à Essen et enseigne aujourd’hui, notamment, chez nous, à l’école des arts LUCA à Louvain, nous livre une lecture poétique exquise de l’illustre suite en deux volumes dédiée au peintre de El amor y la muerte, dont Granados avait découvert les toiles ici évoquées au Prado. Mélancolique et sensuel, son piano se drape de tons chauds; basses charnues, jeu perlé dans les aigus et feutré dans le médium, rubato délicat, évanescent et sans démesure, siéent à merveille au chef-d’œuvre de Granados. La jota sur laquelle s’ouvre le cycle donne le ton: les changements de rythmes et d’éclairages qui caractérisent cette danse aragonaise du nord de l’Espagne sont admirablement rendus, imprégnant à la pièce un sentiment d’improvisation. Voici donc, pour ceux qui souhaiteraient réexplorer l’œuvre de Granados, une alternative très honorable aux versions de référence de de Larrocha.
Olivier Vrins

Son 10 - Livret 8 - Répertoire 10 - Interprétation 9

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