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Sigma Project, la vie de quatre saxophones à l’ère du réchauffement climatique

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Les œuvres pour quatuor de saxophones ne courent pas les auditoriums et le Sigma Project est un des rares défricheurs à inciter, depuis dix ans, les compositeurs à explorer les possibilités sonores de cet instrument aux reflets étincelants, fait de laiton (un mélange de cuivre et de zinc) ou d’argent -et dont Hector Berlioz s’émerveille, en 1842, devant le son « plein, moelleux, vibrant, d’une force énorme »-, d’abord intégré à l’orchestre avant que le jazz n’en fasse une vedette soliste. Ce répertoire, dans un premier temps nourri de pièces adaptées de versions écrites pour d’autres instrumentariums, le quatuor madrilène œuvre depuis dix ans à le développer, au travers d’une cinquantaine de commandes à ce jour : quatre des cinq partitions au programme en sont le résultat, et c’est le cas pour la création de In my end is my beginning (Ma fin est mon commencement) de l’italienne Francesca Verunelli (1979-), dont on connaît l’intérêt pour la dimension temporelle dans la musique : un souffle sourd, grincheux, qui prend peu à peu des accents maléfiques, nourrissant, sous nos yeux mais à notre insu, une menace intrigante, discrète mais entêtée, faite de recommencements réitérés, latente au fond depuis le début, et qui éclate en un orage sombre, puissant et bref, suivi de répliques sourdes et mouillées, qui s‘éloignent comme des nuages noirs poussés par un vent invisible.

Pierre Cao, une carrière musicale

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Le chef d'orchestre luxembourgeois Pierre Cao est lauréat d'un Special Achievement Award décerné par le jury  des International Classical Music Awards 2022. Guy Engels (radio 100,7/Luxembourg, membre du jury) a eu l'occasion de s'entretenir avec ce musicien qui est l’un des chefs de choeurs les plus importants de notre époque. 

Pierre Cao, vous êtes venu à la musique relativement tard, après avoir pris une autre voie professionnelle.

Je n'ai jamais été destiné à être musicien professionnel. Après avoir terminé mon cycle scolaire, j'ai travaillé dans une usine de machines à laver. Ce n'est que lorsque j'ai passé un long séjour dans un sanatorium en Suisse pour des raisons de santé que j'ai décidé de faire de la musique. Mes parents étaient d'accord, même si ce n'était pas facile pour eux car ils n'avaient pas les moyens financiers.

J'ai aussi eu du mal à m'adapter à ce nouveau monde pendant longtemps. Je manquais des bases d'études classiques et j'évoluais dans des cercles qui n'étaient pas mon univers. J'en ai beaucoup souffert. En tant que jeune chef d'orchestre, j'évitais autant que possible les rendez-vous officiels. Je me suis vite rendu compte que c'était le fonctionnaire plutôt que la personne qui était invité. Ce n'est que bien plus tard que j'ai vu cela plus calmement et que j'ai pu l'accepter.

Vous êtes ensuite devenu très tôt chef d'orchestre avec l'ancien orchestre symphonique de RTL - aujourd'hui l'Orchestre Philharmonique du Luxembourg.

En effet, mais je me suis vite rendu compte que ce poste n'était pas pour moi. Je manquais de répertoire et d'expérience. Pourtant, les conditions de travail étaient idéales. J'avais obtenu un contrat à vie, ce qui me mettait au même niveau qu'Herbert von Karajan. Cependant, je ne me sentais pas à l'aise dans ce qui se passait. Et comme j'ai toujours été honnête avec moi-même, j'ai décidé de démissionner en 1976. C'était la bonne décision. Il m'a ensuite fallu beaucoup de temps pour revenir à la direction d'orchestre. J'ai certainement commis de nombreuses erreurs dans ma carrière musicale, mais au final, j'ai aussi eu beaucoup de chance.

La Dame de Pique au Liceu. La résurrection d'un grand classique ou la troika des obsessions...

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Gustav Mahler, qui assista à la création à Sant Petersbourg de l'ouvrage en 1890 et fut le premier à le diriger à Vienne en 1902, parlait du génie de Tchaïkovsky, le disant capable de conjuguer le lyrisme du bel canto italien avec le « pathos » et les obsessions typiques de l'âme (ou de la littérature...) slaves. L'ouvrage trace des contours diffus entre les jeux du hasard, le jeu des acteurs et la virtuosité du chant. Basé sur l'ouvrage homonyme de Pouchkine, la commande venait de l'intendant des Théâtres Impériaux, Ivan Vsévolozhskye, pour lequel Tchaïkovsky écrira aussi les ballets Casse-Noisette et La Belle au Bois Dormant. Il signera également la mise en scène lors de la création à Saint Petersbourg, alors que Modeste, le frère du compositeur, en signa le livret. L'oeuvre n'est pas éloignée de l'expressionnisme et on pourrait la rapprocher de la Salome de Richard Strauss.

À Barcelone, la production présentée en ce moment fut créée en 1992, l'année des Jeux Olympiques dans cette ville et elle a été reprise pour la troisième fois maintenant. Trente ans après, elle n'a pas pris une ride, tant par l'évocation suggestive de l'époque de Catherine la Grande et ses somptueux décors, que par le magnifique traitement du drame exacerbé de la pièce. Gilbert Deflo, faisant honneur à ses mentors Giorgio Strehler et Maurice Béjart, ne voit aucun inconvénient à ressusciter les ambiances historiques conçues par les librettistes des opéras. Il n'est pas de ces metteurs en scène qui ont un besoin impérieux d’actualiser à tout prix les histoires que l’opéra raconte, craignant que l'uchronie ou la reconstitution d'une époque passée ne soit perçue par le public comme ringarde ou désuète... Le rôle du critique n'est pas celui de mettre des rambardes ou des limites à la créativité -souvent foisonnante- des metteurs en scène, mais bien celui de revendiquer le respect du public auquel ils s'adressent. Ce qui, de nos jours, n'est pas toujours acquis et nous oblige parfois à subir des élucubrations tellement malencontreuses ou absurdes qu’elles pourraient, à terme, balayer ou réduire drastiquement le public d'opéra. Ce n'est absolument pas le cas de notre compatriote Deflo, dont la vision de ce grand spectacle, conçu comme un Grand Opéra à la française, nous mène tout droit à la « catharsis » tant appréciée des grecs anciens. La commande à Tchaïkovsky impliquait donc l'utilisation du ballet traditionnel, dont Marius  Petipa signa la création. Ici c'est Nadejda Loujine qui intègre efficacement la danse dans la scène de la « pastorale » baroque offerte à ses convives par la vieille Comtesse. William Orlandi  en signe les magnifiques costumes. D'après Deflo, l'opéra est foncièrement pessimiste : l'air final de Hermann, un pauvre bougre aux prétentions arrivistes entouré d'aristocrates, aboutit au nihilisme. Conscient ou inconscient, le rapport avec le compositeur lui-même est évident : les conventions sociales l'obligèrent à cacher dans la souffrance sa véritable condition sexuelle. Et une analogie avec l'étrange rapport qu'il entretenait avec son mécène, Mme von Meck semble aussi jaillir dans certains aspects du personnage de la Comtesse. Mais c'est le dilemme entre amour et richesse, le paradoxe de l'ambition et de l'avarice entremêlés au désir qui constituent le moteur dramatique et qui mèneront les protagonistes à la folie et la mort. Leur tragédie trouve son obscure racine dans une obsession pour la troika magique des « Trois Cartes » : celui qui en découvrira le secret, se condamnera.

La Khovantchina galvanise la Bastille

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Comme l’âme russe, la mise en scène d’Andreï Serban défie le temps. Elle reste aussi vivante, intelligente, captivante aujourd’hui qu’à sa création (2001 reprise en 2013). Car elle se focalise sur l’œuvre, toute l’œuvre, rien que l’œuvre. Ce qui n’empêche nullement l’actualité de s’inviter hier comme aujourd’hui à travers l’évocation de visées expansionnistes (Ukraine, Crimée, Tatars), de l’attraction entre Orient et Occident, du conflit entre cultes païens, mystiques et modernité, du choc entre «la morale et l’histoire» (A. Lischke) -toutes pulsions qui rougeoient, encore et toujours, telles des braises. Et, au milieu de tout cela, la splendeur paradoxale de l’homme déchu.

 Pour chanter ces destins foudroyés, Moussorgski au terme de sa vie invente la musique la plus chatoyante dans ses bariolages, la plus libre dans son instrumentation, la plus vigoureuse dans ses harmonies qu’on eût jamais conçue, au point de bouleverser les repères de son temps dans le droit fil de Boris Godounov (1869). Partition que Saint-Saëns rapporta dans ses bagages en 1875 influençant Debussy, Chausson, Ravel parmi beaucoup d’autres.

Complétée et remaniée par Rimski-Korsakov puis Chostakovitch (version ici choisie), des orchestrations de Ravel et Stravinski ayant en partie disparu sauf le final, la partition présente néanmoins une cohérence quasi organique. En un unique flux, elle charrie des beautés surprenantes, effrayantes et ensorcelantes. Depuis les sonneries guerrières, liturgiques, les cris, jusqu’aux inflexions les plus douces qui furent jamais prêtées à des chœurs, c’est une seule foi unie à une seule terre qui chante. Voix sauvage, plus primitive encore que dans Boris Godounov.

L’Atelier Lyrique de Tourcoing : une saison 2021-2022 d’exception 

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L’Atelier Lyrique de Tourcoing vient d’annoncer en avant-première les grandes lignes de sa saison 2021/2022 ! Sous la direction artistique de François-Xavier Roth, l’Atelier Lyrique de Tourcoing propose 44 rendez-vous d’exceptions dont 9 opéras et 7 grands concerts ! Le chef d’orchestre français au pupitre de son orchestre Les Siècles fera entendre : la Symphonie n°4 de Mahler (avec Sabine Devieilhe), la Symphonie n°5 de Beethoven, la Symphonie Fantastique de Berlioz ou l’Oiseau de feu et le Sacre du Printemps de Stravinsky. 

A l’Opéra, on découvre un large panel d’oeuvres en versions de concerts ou scéniques du baroque avec Rinaldo de Haendel, Zoroastre de Rameau ou The Fairy Queen de Purcell au XXe siècle avec l’Enfant et les Sortilèges de Ravel sans oublier de l’Opéra comique avec la Dame blanche de Boieldieu et une confrontation d’oeuvres “exotiques” françaises : Djamileh de Bizet et la Princesse Jaune de Saint-Saens ! 

Les concerts présentent, outre Les Siècles, l’excellent orchestre Les Ambassadeurs d’Alexis Kossenko ou les voisins de l’Orchestre National de Lille sous la direction de Louis Langrée.  Des récitals instrumentaux et vocaux complètent cette affiche avec la venue de Pierre Hantaï ou Michael Spyres.

La proximité avec la Belgique permet à l’Atelier lyrique de tisser des liens avec nos compatriotes, ainsi René Jacobs au pupitre de l’excellent orchestre B’Rock, la mezzo-soprano Coline Dutilleul, ou la soprano Jodie Devos seront à l’affiche. 

Streamings et podcasts de la semaine : Liège et Lille

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Cette semaine débute à Liège avec l'Opéra Royal de Liège qui vous permet encore de visionner un concert 100%  Mozart sous la baguette de Christophe Rousset. Au programme, des airs de concert avec le ténor Cyrille Dubois et le baryton Léon Košavić et les Symphonies n°31 et n°35. C’est à voir jusqu’au 20 juin sur le site de l’Opéra Royal de Liège. Dès le 20 juin, vous pouvez également visionner un concert consacré aux Valses de Johann Strauss père et fils sous la direction de notre cher Ayrton Desimpelaere avec la soprano Louise Foor. Ce récit-concert est narré par Alain Duault. Rendez-vous sur : https://streaming.operaliege.be/

 Cette semaine, on vous recommande d'écouter la superbe série de Podcasts initiés par l'Orchestre Les Siècles de François-Xavier Roth par rapport à la production de Pelléas et Mélisande de Claude Debussy que vous pouvez voir sur le portail Opera Vision. Une série de 4 podcasts est en ligne avec le regard du metteur en scène, des chanteurs, du chef de chant et du chef d'orchestre. 

Les deux autres podcasts sont en ligne sur le site de l'orchestre Les Siècles

Dans les salons de Violetta :  une Traviata intime dans un palazzo parisien

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Nous entrons par la grille d’un hôtel particulier donnant sur la place Saint-Georges à Paris. L’action de La Traviata semble avoir déjà commencé dans ce décor immersif mais aujourd’hui, nous aussi, nous faisons partie du spectacle. Des chanteurs chauffent leurs voix tandis que le public attend patiemment dans le hall tout en profitant des œuvres d’art qui ornent les salons du XIXe siècle. Dans cette réception réservée à trente convives, la richesse d’art et d’histoire du patrimoine qui nous entoure est remarquablement mise en valeur pour traduire au mieux cette expérience confidentielle de La Traviata.

Paris accueille cette semaine un concept bientôt pérenne, venu tout droit de Venise. Il investit à cette occasion la Fondation Dosne-Thiers (Paris 9e). Son innovation ? Proposer une expérience purement immersive, célébrant la tradition des salons artistiques. Comme si nous étions les invités de Violetta dans sa demeure parisienne, le public est littéralement encouragé à suivre le déroulement de l’action, livret à la main, de pièce en pièce du palais. 

Néanmoins, contrairement à l’escape game, le rôle du public est moins net, même s’il est partie intégrante de la production. Ainsi, les spectateurs arrivant ici avec les codes bien ancrés de l’opéra se retrouvent rapidement pris au dépourvu. Comment faire mourir Violetta à côté de toutes ces personnes extérieures réunies ? 

Une semaine en streaming : Cologne et Berlin

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La première vidéo que nous vous recommandons est un hommage à Stravinsky avec le Gürzenich Orchester de Cologne et François-Xavier Roth. Pour marquer les 50 ans du décès du musicien, la phalange de Cologne a souhaité mettre à l’honneur différentes oeuvres moins connues du compositeur : le Capriccio pour piano et orchestre (avec Jean-Efflam Bavouzet) ou le Divertimento tiré du Baiser de la Fée. Lors de cette soirée, on pouvait également retrouver l’interprétation phénoménale du Concerto pour violon (avec Vilde Frang et Fabien Gabel) et rien moins que le Directeur du légendaire Musée Ludwig de Cologne pour parler du lien entre le compositeur et les arts. 

On reste en Allemagne avec un Stabat Mater de Pergolèse depuis le Konzerthaus de Berlin avec Philippe Jaroussky (artiste en résidence au Konzerthaus de Berlin) et Anna Prohaska.

Streaming de la semaine : Londres et Cologne

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Première étape à Londres avec un superbe concert chambriste du quatuor Doric au Wigmore Hall de Londres. Le programme est classique mais de toute beauté :  Wolfgang Amadeus Mozart : Quatuor n°23  'Prussien' et  Ludwig van Beethoven : Quatuor n°1 "Razumovsky".

On passe les frontières pour se poser à Cologne avec le prodige Lahav Shani au pupitre de l'orchestre du Gürzenich de Cologne dans un programme des plus sympathiques : Tzvi Avni  : Prayer pour codes ;  Felix Mendelssohn :  Concerto pour violon et orchestre avec Arabella Steinbacher et Kurt Weill :  la rare Symphonie n°2.