Le piano, la face cachée de l'organiste Louis Vierne

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Louis Vierne (1870-1937) Préludes op. 36 Livre 1 - Solitude, poème pour piano op. 44 - Nocturne op. 35 n°3 Mūza Rubackytė, piano 2015-DDD-73'18''-Texte de présentation en anglais - 1 CD Brilliant Classics 95154 On les connaît surtout pour leurs œuvres d'orgue symphonique. Mais la discographie des Charles-Marie Widor, Charles Tournemire ou Louis Vierne lève petit à petit le voile sur les autres facettes de leur talent : la musique de chambre et les concertos de Widor, l'imposant corpus symphonique de Tournemire et la musique pour piano de Vierne qui est l'objet de cette chronique. La vie de Louis Vierne n'a pas été des plus réjouissantes. Né malvoyant, il connaîtra l'échec de son mariage, la mort de deux de ses trois fils, l'un atteint de tuberculose en 1913 et l'autre "fusillé pour l'exemple" en 1917. Il subira les intrigues du milieu musical et ne peut succéder au poste d'Alexandre Guilmant dont il était l'assistant. A la limite de la pauvreté, il meurt en 1937 à la console de l'orgue de Notre-Dame, qui vient seulement d'être restauré après les dégâts dûs à la grande guerre. Les douze préludes de 1914 ont été publiés en 1921 et portent sur la partition le numéro d'opus 38 : prologue, tendresse, pressentiment, souvenir d'un jour de joie, nostalgie, par gros temps, évocation d'un jour d'angoisse, dans la nuit ..., suprème (sic) appel, sur une tombe..., adieu, seul... On devine la personnalité ébranlée du compositeur ! Le style est original ; on peut penser au mélange improbable d'un Debussy et d'un Rachmaninov. Les quatre pièces de solitude op. 44, publiées en 1918, (hantise, nuit blanche, vision hallucinante, la ronde fantastique des revenants) confirment cette impression. Le compositeur donne du seul des trois nocturnes op. 35 enregistré ici, la description : la lumière rayonnait des Astres de la nuit, le rossignol chantait..... On se rapproche ici de la sensualité debussyste. La pianiste lithuanienne Mūza Rubackytė nous avait déjà convaincu dans ses enregistrements de Liszt, de Franck et de Chostakovitch. Sa formation au Conservatoire Tchaïkovski de Moscou et son installation à Paris depuis 1991 conviennent parfaitement à cette découverte de l'œuvre pour piano de Vierne qui mérite d'être régulièrement entendue au concert et plus souvent proposée dans nos conservatoires et écoles supérieures de musique. Comme souvent chez Brilliant Classics, on regrettera quelques négligences (le prénom de Vierne est bien Louis et non Luis) et un livret trop rudimentaire, inévitable contrepartie du faible prix ; on compensera aisément cette lacune en lisant la monographie du compositeur, Louis Vierne par Franck Besingrand, publié en 2014 dans la collection "horizons" de bne (bleu nuit éditeur). Voilà donc un CD qu'il importe d'écouter en priorité. Jean-Marie André Son 9 – Livret 6 –  Répertoire 8 – Interprétation 10

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