Les fastes de La Bayadère à l’Opéra Bastille 

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© Little Shao / Opéra National de Paris

Le Ballet de l’Opéra National de Paris reprend ‘La Bayadère’, la dernière production que Rudolf Nureyev avait conçue en décembre 1992. Ayant retrouvé dans les archives du Kirov la partition originale de Ludwig Minkus, créée au Théâtre Marinsky en 1877, il avait surtout rétabli le tableau des ombres qui achève sur une note envoûtante le dernier acte. La trame de l’ouvrage se résume aisément : le guerrier Solor s’est épris de la bayadère Nikyia, sans savoir que le Grand Brahmane la désire. Le Rajah de Golconde impose à Solor la main de sa fille Gamzatti qui, percevant l’amour de la danseuse pour son fiancé, lui fait livrer une corbeille de fleurs d’où s’échappe un serpent. Atteinte par la morsure, Nikyia se laisse mourir, tout en appelant la vengeance divine. Et ce n’est qu’au royaume des ombres que les deux amants pourront se retrouver.
Dans les décors somptueux d’Ezio Frigerio, les costumes rutilants de Franca Squarciapino et les fascinants éclairages de Vinicio Cheli, la production de Rudolf Nureyev suppose un imposant corps de ballet, les élèves de l’Ecole de danse et nombre de figurants ; elle n’a pas pris une ride grâce à la reprise de Benjamin Pech qui a souvent dansé le rôle de Solor. A la tête de l’Orchestre Colonne, Fayçal Karoui donne à la partition un souffle pathétique qui vivifie ses connotations orientalisantes. A la représentation du 12 décembre, la Nikyia de la jeune Héloïse Bourdon domine le plateau par la stature tragique qu’elle confère à son personnage. Campée avec panache par Ida Viikinkoski, sa rivale, Gamzatti, se dresse comme son antagoniste, alors qu’elle est efflanquée de l’autoritaire Rajah de Guillaume Charlot. Artiste invité, Isaac Hernandez reste sur la défensive, ne faisant de Solor qu’un guerrier apathique. Pour qui a vu le Brahmane de Francis Malovic, celui de Yann Saïz n’est qu’une bien pâle effigie. Par contre, Pablo Legasa a la souplesse féline du Fakir, Emmanuel Thibaut, la virtuosité ébouriffante de l’Idole dorée. Au rideau final, l’ensemble du spectacle remporte un triomphe.
Paul-André Demierre
Paris, Bastille, le 12 décembre 2015

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