Ravel et Gershwin d'un côté, Saint-Saëns de l'autre ! Pourquoi pas ?

par
von Oyen

Camille SAINT-SAËNS
(1835-1921)
Concerto pour piano et orchestre n°2 en sol mineur, op.22
Maurice RAVEL (1875-1937)
Concerto pour piano et orchestre en sol majeur
George GERSHWIN (1898-1937)
Seconde rhapsodie pour piano et orchestre
Bonus : Jules MASSENET (1842-1912)
Méditation de Thaïs (transcription de Andrew von Oeyen)
Andrew von Oeyen, piano, PKF-Prague Philharmonia, dir.: Emmanuel Vuillaume,
2017- DDD-66'05"-Textes de présentation en anglais, français et allemand - Warner Classics 0190295908485

Les couplages du concerto de Ravel avec Gerswhin - que ce soit son concerto en fa ou la rhapsodie in blue - sont nombreux. Ce rapprochement n'est pas étranger à l'anecdote qui veut que, lorsque Gerswhin demanda à Ravel de lui enseigner la composition, ce dernier lui rétorqua : Pourquoi seriez-vous un Ravel de seconde classe alors que vous pouvez devenir un Gerswhin de première classe ? Von Oeyen innove ici, car, au lieu de la trop souvent enregistrée rhapsodie in blue, il a choisi la seconde rhapsodie composée huit ans après la première. Rarement entendue, elle trouve sa source dans le film Delicious, comédie musicale sur laquelle Gerswhin travaillait pour Hollywood. Le film prévoyait une longue séquence orchestrale sur New York. Les premières mesures évoquent les riveurs qui travaillent sur les gratte-ciel, ce qui lui vaut parfois le surnom de Rivet Rhapsody. C'est injustement l'oeuvre la moins connue de Gerswhin ; certains la dénigrent, d'autres, comme von Oeyen, ne comprennent pas qu'elle soit à ce point éclipsée par son aînée. Le génie de Gerswhin y est présent avec toutes ses qualités, et à mon avis elle surpasse à certains endroits son aînée, écrit-il dans la notice qu'il signe dans le livret de l'enregistrement.
De Saint-Saëns, Olivier Messiaen, pourtant d'habitude tellement réservé, aurait dit : Comment peut-on écrire aussi bien de l'aussi mauvaise musique ? Aujourd'hui, Saint-Saëns est pourtant en voie de réhabilitation ; on découvre toute l'invention qu'il cache dans des formes rigoureusement dominées. Dommage que von Oeyen ait choisi d'enregistrer le plus connu de ses concertos, le deuxième, celui qui commence comme Bach et se termine comme Offenbach comme l'ont décrit ses détracteurs. De l'autre côté de l'Atlantique, c'est pourtant le beau quatrième popularisé par Robert Casadesus qui est le plus joué. Il est trop rare chez nous et, à notre avis, le programme n'en aurait été que plus intéressant. Von Oeyen se contente de justifier la cohérence de son choix en écrivant que le commun dénominateur de ce programme est Ravel, qui connaissait Saint-Saëns et Gerswhin. Pourquoi pas ? Le parfois jazzy concerto de Ravel si classiquement évocateur de Mozart dans son adagio pourrait être un chaînon manquant entre l'académisme de Saint-Saëns et la quête de synthèse de Gerswhin. Cerise sur le gâteau : les cinq minutes de la transcription de la méditation de Thaïs. Von Oeyen argumente encore sur la cohérence franco-américaine du CD : Le rôle titre de Thaïs a été tenu par la soprano Sybil Anderson, née en Californie, et pour laquelle Saint-Saëns avait écrit son opéra Phryné, bien oublié aujourd'hui !
Le jeune pianiste américain Andrew von Oeyen - il a 37 ans - mérite d'être mieux connu chez nous ; il a le souci du détail et de la précision (écoutez ses staccati dans le scherzo du concerto de Saint-Saëns) et est admirablement soutenu par le Philharmonique de Prague et Emmanuel Vuillaume (un superbe dialogue du cor anglais et du soliste dans le deuxième mouvement du concerto de Ravel).
La découverte donc d'un pianiste dont on entendra parler dans les années qui viennent ... et de la seconde rhapsodie pour piano et orchestre de Gershwin.
Jean-Marie André

Son 8 – Livret 8 –  Répertoire 10 – Interprétation 9

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