Trois frères et une altiste dans le célèbre Fratres de Pärt et dans trois autres "paysages" envoûtants !

par
Landscape
Landscapes Joseph HAYDN (1732 - 1809) Quatuor en si bémol majeur, op. 76, n°4, Hob. III:78 "lever de soleil" Tōru TAKEMITSU (1930 - 1996) Landscape Béla BARTÓK (1881 - 1945) Quatuor n°2, Sz. 67 Arvo PÄRT (°1935) Fratres Quatuor Schumann : Erik et Ken Schumann, violons, Liisa Randalu, alto, Mark Schumann, violoncelle 2017- DDD-65'47"-Textes de présentation en anglais et allemand - Berlin Classics 0300836BC Au programme : deux sommets de la littérature pour quatuor à cordes, le "lever de soleil" de Haydn et le deuxième quatuor de Bartók, un "tube", le Fratres de Pärt et un chef d'œuvre de délicatesse, le "paysage" de Takemitsu. Dans ces quatre pièces, nous découvrons un quatuor presque familial dont on entendra encore parler : trois frères Schumann, Mark, Erik et Ken, nés en Allemagne de parents roumain et japonais, qui se sont adjoints l'altiste Liisa Randalu, née à Tallin et élevée à Karlsruhe. Quatrième des six quatuors de l'op. 76, le septante-huitième quatuor de Haydn, composé en 1797, fait partie de la grande période de maturité du compositeur. Concentré de l'expérience de toute une vie, il ouvre une voie que Beethoven poursuivra. Le soleil se lève avec le premier violon qui s'envole calmement sur l'accord parfait de si bémol des autres instruments. Son deuxième mouvement, extrêmement lent, touche à la perfection et nous force à la méditation. Fait nouveau : le dernier mouvement se construit sur trois tempi de plus en plus rapides : Allegro ma non troppo, più allegro, più presto) ; le soleil est à son zénith ! La transition entre le dernier mouvement du quatuor de Haydn et le Landcape du japonais Takemitsu est abrupte. Takemitsu dit de lui même : Je suis peut-être l'un de ceux qui essayent de voir l'invisible, d'écouter l'inaudible. Le ton est donné. Le japonais nous invite à nous conformer à la nature et à ses richesses. Mais il n'oublie pas non plus sa formation à la musique européenne par son engagement dans la classe de Messiaen. Ce dernier dit très judicieusement : La fraternisation des esthétiques est difficile. Certains, pourtant, comme Takemitsu, y sont parvenus. Landscape date de 1969 ; c'est la période où le compositeur reste marqué par l'influence de l'école de Darmstadt - Stockhausen et Boulez - et indirectement par Webern et Cage. Il écrit huit minutes d'une partition qui ne cache pas les influences de l'impressionnisme et du sérialisme mâtinés par les traditions de la musique japonaise. On ne se contente pas d'entendre ce bref moment de méditation, on l'écoute avec l'émerveillement de la découverte. Avec Bartók, on revient en Europe de l'Est ... et un demi-siècle en arrière. Le deuxième quatuor op. 17 est composé en 1917 à la fin de la première guerre mondiale. C'est donc une période sombre pour le compositeur déjà désabusé par le manque d'intérêt porté à son unique opéra Le château de Barbe-Bleue et par l'échec de son ballet Le prince de bois. S'y ajoute la profonde douleur de voir son pays, la Hongrie, liée à l'Autriche qu'il n'apprécie guère, en guerre contre deux pays qu'il aime, la France et l'Angleterre et contre la Roumanie, dont le folklore lui est si cher. Ce deuxième quatuor est une œuvre déjà parfaitement maîtrisée dans la structure d'arche caractéristique du compositeur : un Moderato en forme sonate, un Allegro molto capriccioso, hybride entre scherzo et rondo et un Lento final d'un mélancolique expressionnisme. Il synthétise une partie des évolutions radicales du début de ce XXème siècle : les rythmes de Stravinsky, l'atonalité de Schönberg avec des réminiscences plus personnelles de son voyage de 1913 dans la région algérienne de Biskra. Le "Fratres" de l'estonien Aavo Pärt ne devrait plus être présenté ; composé en 1977, il a servi de musique dans le spectacle Kiss and Cry de Michèle Anne De Mey et Jaco Van Dormael et dans plus d'une dizaine de films dont le Violette de Martin Provost. Sa structure est intéressante : neuf variations harmoniques précédées d'un rythme simple de six temps répété deux fois : ♩- ♩♩-- ; chacune des variations comporte six mesures : une de sept temps, la suivante de neuf temps, la troisième onze temps et à nouveau sept, neuf et onze temps. Cette structure répétitive ne manque pas d'évoquer le Unanswered Question de Charles Ives. On ne peut qu'être conquis par cette subtile exploration de l'espace harmonique. Le quatuor Schumann n'a que cinq ans d'existence et il se situe déjà parmi l'un des meilleurs quatuors grâce à la sonorité, la spontanéité, l'homogénéité et la dynamique caractéristiques des plus grands. Il nous invite au voyage de l'empire austro-hongrois au Japon, de la Hongrie à l'Estonie, un superbe voyage artistique auquel il serait triste de renoncer. Jean-Marie André Son 10 – Livret 8 –  Répertoire 10 – Interprétation 10

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