Une jeune altiste prometteuse

par

Franz LISZT
(1811 - 1886)
Romance oubliée
Enrique GRANADOS
(1867 - 1916)
Sonata pour violon et piano (transcription pour alto d’Isabel Villanueva)
Reynaldo HAHN
(1874 - 1947)
Soliloque et forlane
Bohuslav MARTINU
(1890 - 1959)
Sonate n° 1 pour alto et piano
Georges ENESCO
(1881 - 1945)
Konzertstück
Claude DEBUSSY
(1862 - 1918)
Beau soir
Isabel Villanueva (alto), François Dumont (piano)
2017-DDD-54’46- Textes de présentation en anglais, français et espagnol- Blau CD 703

Pour son premier disque, la jeune altiste espagnole Isabel Villanueva a eu la bonne idée d’assembler un programme regroupant sous le titre de Bohèmes des oeuvres de compositeurs de ce qu’on pourrait appeler l’Ecole de Paris, ces musiciens venus de l’Europe de l’Est et du Sud venus étudier et créer dans ce phare culturel qu’était la Ville-Lumière au début du siècle dernier (même si Liszt est bien de la génération précédente). Cela donne un programme loin des sentiers battus, et l’occasion de quelques belles découvertes.
Dès la première oeuvre du programme, la Romance oubliée de Liszt dont elle donne une version très éloquente, on apprécie les qualités d’interprète d’Isabel Villanueva. Si, comme en témoigne tout le programme, l’altiste navarraise n’a peut-être pas le son le plus riche, le plus velouté ou le plus séducteur qui soit, elle convainc d’un bout à l’autre par son sérieux, sa fine musicalité, sa conviction brûlante et son irrésistible allant juvénile. Elle rend justice à la méconnue Sonate pour violon de Granados (dont le seul le premier mouvement fut achevé), offerte ici dans une version pensive et poétique, assortie d’une pointe de nostalgie. Sur le plan musical, le Soliloque et Forlane de Reynaldo Hahn est la révélation de cet enregistrement, une très fine oeuvre où, après un rêveur Soliloque, le délicat compositeur franco-vénézuélien propose une Forlane néo-Renaissance dont les musiciens rendent à merveille le caractère de spirituelle espagnolade, en marquant plus l’aspect rythmique que le doux rappel à un passé lointain. La Première sonate de Martinu est typique de la veine mélodique intarissable de ce compositeur capable d’écrire de façon gratifiante pour n’importe quel instrument. Très sûre sur le plan technique, Villanueva donne une version pleine de joie de vivre et d’entrain de cette belle oeuvre rarement entendue. Elle bénéficie d’ailleurs grandement d’avoir à ses côtés un partenaire de grande classe en la personne du pianiste François Dumont, absolument parfait. Grand classique de l’instrument, le Konzertstück d’Enesco clôture le programme officiel avec panache.
Le disque se termine sur un bis exquis, une transcription de Beau Soir de Debussy, où Villanueva -parfaitement soutenue par le piano poétique et précis de Dumont- opte pour un son volontairement voilé et un ton mêlant confidences et mystérieux murmures.
Patrice Lieberman

Son: 10 - Livret: 8 - Répertoire: 8 - Interprétation: 8

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