Un Pelléas de référence !

par

Go HereClaude DEBUSSY (1862-1918) Pelléas et Mélisande
Stéphane DEGOUT (Pelléas), Elena TSALLAGOVA (Mélisande), Vincent LE TEXIER (Golaud), Anne-Sofie VON OTTER (Geneviève), Franz Josef SELIG (Arkel), Julie MATHEVET (Le petit Yniold), Jérôme VARNIER (Un Berger, Le Médecin) Orchestre et Choeur de l'Opéra National de Paris, dir.: Philippe JORDAN - Robert WILSON mise en scène, décors et lumières 2012-DVD 9-0-16.9- digital dolby NTSC - XHXX - Livret en français et anglais-chanté en français-sous-titres anglais et français-Naïve DR 2159 8 22186021590 Cet enregistrement en direct de Pelléas et Mélisande à l'Opéra National de Paris (2012) sera une des références du chef d’œuvre de Claude Debussy – n'en doutons pas ! Car les réalisations ne se comptent plus : on aura vu Mélisande chauve Outre-Quiévrain, Mélisande nageant dans une piscine à Genève (Alexia Cousin), voltigeant sur un trapèze à Liège (Anne-Catherine Gillet), à demi nue sous un voile mouillé sur la scène de l'opéra comique (Anne-Marguerite Worster)… tant l’œuvre se prête à tous les fantasmes... avec des résultats inégaux ! Mais aujourd'hui, c'est une tout autre vision qui nous est présentée. Et qui frôle la réussite totale. De clarté, de classicisme, de pureté et, tout simplement, de beauté. Pour la mise en scène, Robert Wilson est revenu, une fois encore mais à juste titre en cette occasion, à l'épure qu'il chérit. Aucun objet. Seul un petit escalier de trois marches, loin de Mélisande, pour la grande scène « de la tour ». Des lumières au cœur de l'action et quelques tentures se déplaçant en silence. Les costumes évoluent dans la même logique : de sombre (Geneviève) à clair-obscur (Arkel, Golaud, Le médecin) jusqu'à un blanc de pureté miraculeux (Pelléas, Mélisande). Gestuelle très étudiée – ainsi de Mélisande dont l'annulaire de la main gauche reste replié sur la paume symbolisant le refus de l'anneau nuptial. Attitudes figées à la manière d'un théâtre d'ombres orientalisant. Le hiératisme des postures peut sembler artificiel (et dans d'autres mises en scènes de Wilson c'est le cas) jusqu'au moment où il participe totalement à l'ascétisme, l'esthétisme et l'abstraction de l’œuvre. Tout alors devient signifiant – même la pauvreté du vocabulaire de Mélisande tandis que les visages expressifs en diable soulignent les ressources cachées du drame de Maeterlinck-Debussy: Arkel loin de l' apôtre habituel sait encore sourire et, le cœur en alerte, sait encore s'agenouiller devant la jeune héroïne; Golaud, torturé d'être né sombre et jaloux en devient particulièrement impitoyable. Rayonnent alors d'autant plus, dans la clarté, la blancheur de la lumière, les deux protagonistes de l'Amour : c'est bien le triomphe de « Pelléas et Mélisande ». Ajoutons une diction exemplaire – on ne perd pas un mot du texte (ce qui fait ressortir la vacuité sophistiqué d'un symbolisme littéraire qui fut tellement en vogue mais nous paraît aujourd'hui bien daté). Enfin, tous les interprètes sont magnifiques. Seul bémol : la prise de son qui met trop souvent en avant les voix au détriment du sublime orchestre de Debussy ...
Bénédicte Palaux Simonnet
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