Musique hellénique pour harpe et basson
George Kontogiorgos (1945): Tabula Rasa pour Harpe et Basson ; Archaic Concerto pour Harpe et Cordes. Rachel Talitman : harpe, Mavroudes Troullos: basson, Ensemble Harpeggio. 2025. Livret en anglais. 67'. Harp & Co CD5054
Le nouvel album intitulé Musique hellénique pour harpe et basson du compositeur George Kontogiorgos est interprété par la harpiste israélienne Rachel Talitman et le bassoniste chypriote Mavroudes Troullos. Ces deux musiciens ont déjà étroitement collaboré par le passé, publiant trois albums consacrés à des œuvres de Luigi Concone, Anna Segal et Michel Lysight, établissant ainsi un partenariat artistique singulier, aujourd’hui reconnu internationalement.
George Kontogiorgos propose ici une réflexion personnelle sur l’héritage musical grec à travers une formation instrumentale aussi rare qu’expressive. Les deux interprètes mettent leur complicité artistique au service d’un projet qui dépasse la simple juxtaposition d’œuvres pour devenir une véritable construction dramaturgique.
Le choix de la harpe et du basson n’est pas anodin. Ces instruments, dont les filiations symboliques renvoient à la lyre et à la flûte de la Grèce antique, permettent au compositeur d’explorer un champ sonore situé entre archaïsme suggéré et écriture contemporaine. La harpe, tantôt percussive, tantôt lyrique, dialogue avec un basson aux registres graves profondément expressifs, créant un équilibre subtil entre transparence sonore et densité émotionnelle.
L’axe central de l’album repose sur la suite Tabula Rasa, cycle en dix mouvements qui illustre la pluralité stylistique de Kontogiorgos. Sans jamais tomber dans le pastiche, le compositeur y superpose références classiques, lignes lyriques, procédés minimalistes et épisodes atonaux. Cette hétérogénéité, loin de fragmenter le discours, est structurée par une cohérence formelle et une continuité expressive qui confèrent à l’œuvre une forte unité. Les interprètes y font preuve d’une maîtrise technique irréprochable, mais surtout d’une capacité à modeler le discours musical avec souplesse et intelligence. On pourra toutefois relever une certaine insistance sur les procédés répétitifs, qui, si elle participe à l’esthétique minimaliste de l’œuvre, peut parfois produire un effet de stagnation formelle à l’écoute prolongée. Il en résulte néanmoins une interprétation d’une grande cohérence artistique, où les deux instrumentistes parviennent à toucher notre sensibilité avec intensité et finesse.
Le Concerto archaïque pour harpe et cordes conclut l’album dans une atmosphère plus méditative. S’appuyant sur des hymnes anciens et des réminiscences mythologiques, l’œuvre assume une dimension presque rituelle, où le matériau musical semble suspendu hors du temps. Ce final agit comme une synthèse esthétique, donnant à l’ensemble de l’album une portée symbolique et narrative.
Rachel Talitman se révèle être une interprète profondément investie dans l’univers du compositeur, qu’elle semble porter de l’intérieur, comme si elle en était la voix. Elle est d’ailleurs à l’origine de la commande des œuvres à George Kontogiorgos, enregistrées pour son label Harp & Co, qui compte plus de cinquante publications depuis 2004. Le jeu de Mavroudes Troullos, par la richesse de son timbre et la précision de son phrasé, apporte une profondeur émotionnelle essentielle à l’équilibre de l’ensemble. Leur interprétation commune se distingue par une écoute mutuelle constante et une sensibilité partagée.
Au-delà de ses qualités instrumentales, cet enregistrement s’impose comme une proposition artistique cohérente et exigeante, qui invite l’auditeur à une écoute attentive et réfléchie. Un disque qui séduira autant par son originalité que par la rigueur de sa conception musicale.
Son : 9 Livret : 8 Répertoire : 8 Interprétation : 9