À l’orgue de la Philharmonie de Katowice, Maciej Zakrzewski poursuit l’exploitation du filon Hope

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There is always Hope. Harvey Hope (1943-2014) : Four New Folk Songs Op. 57. Maciej Zakrzewski (*1988) : Tribute to Harvey Hope. Szepty. Calling for peace. Suita bizarna. Maciej Zakrzewski, orgue. Mai, octobre 2024. 71’06’’. Classical Sound Studio CSS103

Mêlant arrangements et explorations, un précédent album de Maciej Zakrzewski rendait déjà hommage à Harvey Hope, et se refermait sur un triptyque baptisé « There is always Hope », dont le nom devient le titre de cette nouvelle parution. Le programme débute par une série de trois improvisations dérivées du Concerto de Madrugada op. 56 ou le Love song op. 54 du guitariste anglais. L’imaginaire de Maciej Zakrzewski emprunte ensuite des chemins de paix (Calling for peace), de sérénité dans Szepty, qu’on traduirait par murmures, et qui inclut une célébration de la lumière, une « petite passacaille pour la fin des temps », puis MaNa, –probable contraction de Mercado de la Mañana (marché du matin, dernier mouvement du concerto de Hope).

La transcription pour tuyaux de l’opus 57 figurait dans le précédent album : même si elle offre la part la plus gratifiante du CD, les auditeurs l’ayant entendu douteront de l’intérêt d’inviter à l’identique ces Four New Folk Songs (plages 7-10). On retrouve d’ailleurs le même orgue, celui de la Filharmonia Śląska de Katowice, installé par le facteur berlinois Karl Schuke en 2011, ici capté par les micros de Paweł Ożga. Le talent de l’ingénieur du son ne peut hélas s’abstraire d’une mate acoustique, qui induit une perspective sèche, compacte et prosaïque, desservant la poésie des ambiances. Du moins, sur ses trois claviers et pédalier à traction mécanique, l’instrument de 36 jeux réagit avec spontanéité à l’invention de son interprète.

Un langage accessible et une connivence en éveil encadrent ce séduisant paradigme de la création contemporaine, où résonne l’héritage de l’école symphonique française, et qui semble lointainement décalqué d’un Marcel Dupré. Malgré l’appel à l’aventure et à l’incongruité que promettrait la tripartite Suita bizarna, la structure investit des formes canoniques de la tradition organistique (Prélude, Choral, Toccata) en y recyclant des recettes peu innovantes mais maîtrisées. Les contempteurs estimeront-ils que les procédés semblent systématiques et que l’inspiration s’essouffle parfois ? Dans ce gisement ouvert autour de Hope, l’organiste polonais trouvera-t-il encore matière à poursuivre le filon sans le surexploiter ?

Christophe Steyne

Note globale : 7

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