Beethoven et Brahms sous la baguette de Marek Janowski
Pour clôturer l’année musicale, l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo proposait un concert symphonique réunissant deux génies allemands, Beethoven et Brahms. Le public, venu en grand nombre, a réservé un accueil chaleureux au retour de Marek Janowski, directeur musical de l’OPMC de 2000 à 2006, ainsi qu’au violoniste Frank Peter Zimmermann, figure particulièrement appréciée du public monégasque.
Le programme s’ouvrait avec le Concerto pour violon de Beethoven, l’une des œuvres les plus sublimes du répertoire, peut-être même la plus parfaite du classicisme tardif. Frank Peter Zimmermann s’y impose d’emblée comme une référence. Musicien intègre et discret, il fuit tout effet spectaculaire inutile. Son interprétation, d’un goût irréprochable, révèle une compréhension profonde de l’œuvre. Difficile d'imaginer une lecture plus juste de ce concerto.
Zimmermann module son expression avec une aisance remarquable, passant de la bravade à la prière intérieure. Son jeu, son phrasé et sa densité émotionnelle confèrent à la partition une clarté et une élégance rares. Tout respire la pureté, l’expressivité et la maîtrise absolue.
Fait notable, le soliste ne retarde pas son entrée habituelle et joue d’emblée avec l’orchestre, instaurant un dialogue naturel et fluide. Tout au long du concerto, il fait chanter son Stradivarius Lady Inchiquin de 1711, dans une relation musicale étroite avec les musiciens de l’OPMC. Marek Janowski, à la tête de l’orchestre, façonne le discours avec équilibre et précision, laissant chaque détail de la partition s’épanouir pleinement.
Après une ovation enthousiaste, Zimmermann offre en bis Der Erlkönig (Le Roi des Aulnes) de Schubert, dans la redoutable transcription de Heinrich Wilhelm Ernst. À 60 ans, sa virtuosité demeure saisissante, puissante et parfaitement maîtrisée : un moment de frisson pur.
Il semble d’ailleurs que l’âge n’atteigne guère les chefs d’orchestre. Herbert Blomstedt dirige toujours à 98 ans, Jean-Claude Casadesus à 90 ans, Charles Dutoit à 89 ans, Zubin Mehta à 88 ans, et Marek Janowski, à 86 ans, impressionne par son autorité et sa lucidité musicale.
La Symphonie n°2 de Brahms ne connaît aucun secret pour Janowski, qui la dirige sans partition. Son travail sur l’homogénéité et la sonorité d’ensemble relève autant de l’orfèvrerie que de la force titanesque. L’équilibre entre vigueur rythmique et lyrisme est idéal, la texture orchestrale transparente, les tempos parfaitement maîtrisés. Cette lecture profonde, humble et lumineuse, conduit à un final grandiose.
Le public réserve à Marek Janowski et à l’OPMC un triomphe pleinement mérité.
Monte-Carlo, Auditorium Rainier III, 14 décembre 2025.
Crédits photographiques : Stephane Danna