Casse-Noisette par Benjamin Millepied : rêve éveillé
La fin d’année est une belle occasion de franchir les portes des salles de spectacle. L’Opéra Nice Côte d’Azur présente en décembre pas moins de seize représentations du ballet Casse-Noisette de Tchaïkovski, dans une version chorégraphiée par Benjamin Millepied. Ce spectacle captivant et enchanteur offre à des centaines d’enfants l’opportunité de découvrir l’univers magique du ballet en compagnie de leurs proches.
Il y a vingt ans, Benjamin Millepied créait son premier grand ballet, Casse-Noisette, pour le Ballet du Grand Théâtre de Genève. Cette version mêlait le vocabulaire académique à une grande liberté imaginative, nourrie par ses années de fulgurant danseur au New York City Ballet. Le chorégraphe star réinvente aujourd’hui sa propre œuvre, enrichie d’un langage chorégraphique mûri et d’une liberté narrative pleinement assumée. Sa vision magnifie la partition de Tchaïkovski : audacieuse et personnelle, la chorégraphie dépasse la lecture narrative classique. C’est une relecture vivante d’un ballet intemporel, imaginée pour une nouvelle génération, plus de 130 ans après sa création. Un conte de fées surréaliste et magique. Ce rajeunissement conserve à l’œuvre sa fraîcheur, son élan, sa poésie et sa beauté.
Pour cette production, Millepied collabore avec le peintre et scénographe Paul Cox, dont l’univers visuel ludique et poétique propose une lecture féerique et contemporaine du conte. Les décors, aux couleurs franches — rouge, jaune, bleu, orange et vert — charment l’œil. On a l’illusion de feuilleter une bande dessinée.
L’héroïne, la jeune Clara, s’endort et rêve d’un univers fantasque où jouets et peurs prennent vie. Entourée de drôles de soldats de plomb, elle assiste à un combat avec des souris aux dimensions démesurées : le monde de l’enfance devient ballet. Les flocons de neige dansent comme dans un manège enchanté. Clara fait tourner un globe terrestre de ses mains rêveuses et voit défiler devant elle les danses du monde : Espagne, Orient, Russie… Tout virevolte, cabriole, dans un tournoiement coloré.
Millepied met l’accent sur la musicalité et le rythme, laissant la chorégraphie parfois devancer le courant de la partition. Portés par une jeunesse ardente, une souplesse remarquable et un engagement constant, les danseurs du Ballet de l’Opéra de Nice confirment le rang de leur compagnie parmi les grands ballets français actuels.
La musique de Tchaïkovski, avec ses sublimes mélodies, est interprétée par l’Orchestre Philharmonique de Nice sous la direction de Daniel Gil. Le jeune maestro vénézuélien aime visiblement cette musique et en offre une lecture ravissante, nuancée et d’une grande beauté. On frémit au doux murmure des voix du chœur. La magie de la musique de Tchaïkovski réside non seulement dans ses thèmes spectaculaires, mais aussi dans la qualité de son écriture et la finesse de son orchestration. Aucun compositeur n’a utilisé l’orchestre avec autant de puissance et de beauté : du piccolo au tuba, chaque instrument a son moment de gloire, et chaque musicien se révèle virtuose. Tchaïkovski demeure une figure quasi divine de la composition orchestrale, adorée des musiciens comme du public, des danseurs comme des chefs d’orchestre.
Après Nice, Paris accueillera les danseurs niçois dans ce spectacle. Une nouvelle consécration parisienne pour l’Opéra de Nice, après le triomphe récent de sa production d’Akhnaten.
Nice, Opéra de Nice Côte d'Azur, 21 décembre 2025
Crédits photographiques : Mathilde Fanet / Opéra de Nice