The Exterminating Angel Symphony et le concerto pour violon : deux incursions majeures dans l’œuvre de Thomas Adès
Thomas Adès (1971) : The Exterminating Angel Symphony (2020), Concerto pour violon (2005). Leila Josefowicz, violon, Orchestre du Minnesota, Thomas Søndergård. Texte de présentation en anglais. 39’43. Pentatone PTC5187487.
Thomas Adès est assurément un des plus habiles magiciens des sonorités de la nouvelle génération des compositeurs. Au-delà d’un mélodisme qui reste discret mais imprègne le discours, il est capable d’adapter cette étonnante flexibilité à une multitude de jeux de rythmes et de timbres qu’il met ensuite au service des situations les plus étranges.
Une symphonie-portrait
Ce fut incontestablement le cas avec son opéra, The Exterminating Angel, qui investit le monde cruel et surréaliste du film de Buñuel. Ecrite pour Salzbourg où elle fut créée en 2016, l’œuvre met un orchestre foisonnant au service d’une écriture vocale qui frôle le paroxysme et mène à des moments quasi insoutenables comme nous l’a révélé le DVD des représentations au MET (Erato). Reprenant une habitude développée par les compositeurs post-romantiques, tout comme John Adams pour son Doctor Atomic, le compositeur en a tiré une symphonie, propre à faciliter la distribution d’une partition particulièrement costaude à monter. Et paradoxalement, son travail s’efforce de nous montrer l’habilité avec laquelle il jongle avec les ressources de l’orchestre pour varier les climats et servir la démence croissante du récit.
Entrances pose un climat inquiétant etdécrit l’entrée des protagonistes tout en révélant leurs travers comportementaux. Marches, le 2e mouvement, décrit sous la pression des percussions la montée de leur désarroi face à leur impossibilité de sortir de la maison. Berceuse concentre le propos hors du temps sur un jeune couple d’amoureux. Dans Waltzes qui termine l’œuvre, Adès s’affranchit du matériau de l’opéra s’attachant à reconstituer ce qu’il appelle les pièces d’une porcelaine brisée, le tout dans la déliquescence de mouvements de valses qui glissent mais ne mènent nulle part.
Un concerto pour violon ardent mais rêveur
Le concerto pour violon résulte d’une commande conjointe du Berlin Festspiele et du Philharmonique de Los Angelès. L’œuvre a d’emblée connu un succès régulier et a été enregistrée par son dédicataire et créateur Anthony Marwood, Christian Tetzlaff et Augustin Hadelich. Mais c’est sans doute Leila Josefowicz qui l’a jouée le plus souvent (plus de 50 fois). On comprend qu’elle souhaitait l’enregistrer, particulièrement en live lors d’une exécution publique. Intitulée Concentric Paths, la partition décrit une série de cercles qui reposent sur un axe central, ce qui explique le côté mouvement perpétuel du premier mouvement (Rings) où le violoniste joue presque sans arrêt. Le ton se fait plus interrogatif dans le deuxième mouvement Paths, un parcours dramatique s’instaurant entre le violon et l’orchestre qui se clôt dans un climat d’immanence. Par contraste, Rounds revient à des rythmes dansants presque rituels que l’orchestre illustre de réminiscences du début du premier mouvement qui permettent d’entrainer la violoniste dans un climat quasi intemporel qui termine la partition comme une esquisse envolée.
Le chef Thomas Søndergård, un complice de longue date du compositeur depuis la création danoise de The Tempest en 2005, souhaitait profiter de la connivence de son nouvel orchestre du Minnesota avec le répertoire contemporain pour enregistrer un disque Adès. C’est désormais chose faite avec un bel à-propos qui magnifie le festival d’intentions variées de la symphonie et entraîne une Josefowicz souveraine dans une lecture inspirée du concerto pour violon dont les deux protagonistes exaltent le lyrisme concentré.
Son 9 Livret 8 Répertoire 10 Interprétation 9