Voyage romantique entre Rachmaninov et Rott à la Philharmonie de Luxembourg
Ce vendredi 6 février, le Luxembourg Philharmonic se produit à la Philharmonie de la capitale luxembourgeoise sous la direction du chef d’orchestre estonien Paavo Järvi. Deux œuvres sont au programme de la soirée : la Rhapsodie sur un thème de Paganini, op. 43 de Rachmaninov, et la Première Symphonie en mi majeur de Hans Rott. Le pianiste canadien Bruce Liu est le soliste invité.
Le concert s’ouvre avec la Rhapsodie sur un thème de Paganini, op. 43 de Rachmaninov, cycle de 24 variations inspirées du dernier thème des célèbres 24 Caprices pour violon seul, op. 1 de Paganini. Bruce Liu livre une très belle prestation, pleine de caractère et riche en nuances. Il allie virtuosité — la quinzième variation se révèle particulièrement impressionnante — et grande maîtrise musicale. Malgré quelques petites hésitations, l’orchestre se montre attentif au soliste dans une œuvre exigeant concentration et précision. Paavo Järvi assure avec clarté et musicalité le lien entre le piano et l’orchestre dans cette partition complexe. En bis, Bruce Liu propose une excellente version de la Fantaisie-Impromptu en do dièse mineur de Chopin, virtuose dans les sections externes et d’une grande expressivité dans la partie centrale.
Après l’entracte, place à une œuvre trop rarement programmée : la Première Symphonie en mi majeur de Hans Rott, composée entre 1878 et 1880. Compositeur viennois, élève d’Anton Bruckner, condisciple et un temps colocataire de Gustav Mahler et de Hugo Wolf, Rott meurt malheureusement à l’âge de 26 ans, laissant peu d’œuvres derrière lui. Sa symphonie est redécouverte en 1989 par le musicologue Paul Banks et enregistrée à plusieurs reprises depuis (Paavo Järvi l’a d’ailleurs enregistrée en 2012 avec l’Orchestre symphonique de la Radio de Francfort). Mahler admirait beaucoup Rott, qu’il considérait comme un précurseur du style symphonique qu’il développera par la suite ; certaines similitudes peuvent notamment être relevées entre le scherzo de Rott et celui de Titan. Il s’agit ici de la première exécution de cette œuvre à la Philharmonie de Luxembourg.
Venons-en à l’interprétation proposée par Paavo Järvi et la phalange luxembourgeoise. Le premier mouvement expose deux thèmes contrastés, dont un thème cyclique réapparaissant ultérieurement, avec un développement en crescendo et une réexposition brillante. Le deuxième mouvement, lyrique et dramatique, culmine dans un « coup du destin » avant de s’achever dans une atmosphère apaisée. Le scherzo, proche de l’esprit mahlérien, mêle danses viennoises et passages contrastés, menant à un finale énergique. Le dernier mouvement, long et varié, développe un grand thème à travers de multiples transformations et se conclut par une apothéose réunissant les deux thèmes principaux des premier et dernier mouvements.
Le Luxembourg Philharmonic défend cette œuvre avec beaucoup d’engagement, malgré quelques imprécisions de mise en place ou d’équilibre interne. Certaines interventions du pupitre des trompettes arrivent parfois légèrement en retard dans la salle, et les cors manquent ponctuellement de la grandeur requise dans certains passages. Cela n’entache toutefois pas la qualité globale de la prestation, portée par un Paavo Järvi très investi dans la recherche du meilleur de l’orchestre. Le public applaudit chaleureusement cette œuvre, probablement une découverte pour une grande partie des spectateurs présents dans la salle comble de la Philharmonie.
Luxembourg, Philharmonie, 6 février 2026
Thimothée Grandjean
Crédits photographiques : Alfonso Salgueiro