Gala des trois chefs pour les 50 ans de l'ONL
C'est soirée de gala et de passion musicale partagée pour les 99 musiciens de l'Orchestre National de Lille et les 1 758 mélomanes, pas un de moins, qui se sont empressés d'occuper toutes les places du vaste auditorium Jean-Claude Casadesus, au Nouveau Siècle, en plein cœur de Lille.
Il règne sur scène et dans la salle comme un curieux mélange de fébrilité positive, d'impatience curieuse, de subtil plaisir de retrouvailles en un lieu familier, après deux années d'absence pour travaux. Et puis, c'est avant tout le soir de fête du 50e anniversaire de l'orchestre avec, cerise sur le gâteau, la présence des trois chefs qui se sont succédé à sa direction depuis la création de l'ensemble symphonique en 1976. Jean-Claude Casadesus, le fondateur, s'est employé au cours d'une aventure musicale et humaine de quatre décennies à donner une âme, un son et un public à son orchestre.
Il a porté avec la même exigence de qualité la musique auprès des habitants des Hauts-de-France (250 communes visitées, salles des fêtes, usines, hôpitaux, prisons) comme sur les scènes les plus réputées de 32 pays sur quatre continents : de Saint-Pétersbourg à New York, de Berlin à Buenos Aires, de Paris à Abidjan, de Montréal à Pékin, de Moscou à Séoul, Singapour ou Shanghai… Avec le soutien jamais démenti du Conseil régional Nord-Pas-de-Calais, aujourd'hui des Hauts-de-France, il s'est battu pour doter l'orchestre d'une vraie salle de concert à l'acoustique impeccable qui porte aujourd'hui son nom.
En 2016, le chef Alexandre Bloch lui a succédé ; il est l'homme du renouveau. Au cours des huit années de son mandat, l'effectif de l'orchestre a été renouvelé et rajeuni de plus d'un tiers, et l'on se souvient de sa passionnante intégrale des symphonies de Gustav Mahler présentée dans les années 2018-2020 aux quatre coins des Hauts-de-France et en Belgique. Depuis 2024, c'est le jeune chef américain Joshua Weilerstein qui préside aux destinées de l'ONL, dont il apprécie l'énergie, la générosité des musiciens et leur engagement collectif, et l'on a senti très vite qu'il se passait quelque chose entre lui et les musiciens, entre eux et le public, cette sorte d'affinités électives qui permet à chacun et à tous d'aller toujours plus loin dans le partage des émotions, dans l'accès à la beauté des choses.
Partage infini des émotions, maîtrise orchestrale, expression des talents individuels, diversité des répertoires, promesse d'avenir, mais aussi gravité face aux menaces dont la création culturelle est aujourd'hui la cible dans notre pays : il y avait de tout cela dans ce « Gala des trois chefs » donné deux soirs de suite.
Jean-Claude Casadesus, dont on connaît la grande proximité qu'il a toujours entretenue avec le répertoire et les musiciens russes, a entamé les festivités avec l'Ouverture de fête, op. 96, de Dmitri Chostakovitch. L'œuvre, écrite pour la célébration du 37e anniversaire de la Révolution d'Octobre, démarre en fanfare et se termine en feu d'artifice musical : un régal ! À peine le temps de souffler, et voilà le Boléro de Ravel qui nous tient en haleine, encore et toujours, de sa fascinante et lancinante progression.
Alexandre Bloch prend le relais, ou plus précisément la « suite », celle du Chevalier à la rose de Richard Strauss, condensé de l'opéra le plus populaire du compositeur et festival de masses orchestrales et de couleurs sonores allant du sentimental le plus suave au burlesque le plus éclatant.
L'apothéose finale revient à Joshua Weilerstein avec Le Poème de l'extase d'Alexandre Scriabine, poème symphonique luxuriant, orgie orchestrale avec 106 musiciens survoltés.
Bravo l'orchestre, et bon vent pour les 50 ans à venir !
Lille, Auditorium Jean-Claude Casadesus, le 25 septembre 2026.
Paul K'ros
Crédits photographiques : Boris Rogez



