Bobby Mitchell joue Haydn sur pianoforte et improvise

par https://simonsezpizza.com/

Franz Joseph Haydn (1732 – 1809)
Sonata F major Hob. XVI/23 (Allegro Moderato - Adagio - Finale : Presto)
Improvised transition from F major to Eb major
Sonata Eb major Hob. XVI/28 (Allegro moderato - Menuetto e trio - Finale : Presto)
Improvised transition from Eb major to C major
Sonata C major Hob. XVI/48 (Andante con espressione - Rondo : Presto)
Improvised transition from C major to F major (Adagio F major Hob. XVII/9 - Andante con variazioni F minor Hob. XVII/6)
Bobby Mitchell : pianoforte Stein (1799)
DDA – 2014 – 75' 37'' – Livret de présentation en anglais et en français – Alpha 196 (Outhere Music)

Bobby Mitchell est un jeune pianiste américain. En 2013, il est lauréat du Prix Outhere au concours international Musica Antiqua du MA festival à Bruges. C'est précisément ses interprétations d'oeuvres de Haydn et Mozart lors de ce concours qui furent remarquées. Suite à ce concours, le label Alpha lui a fait confiance pour cet enregistrement. Mitchell veut rendre hommage à Haydn compositeur mais aussi à Haydn le pianiste. En effet, si on connaît le parcours d'enfant prodige du clavier de Mozart ou le jeune improvisateur de génie qu'était Beethoven, on oublie parfois que Haydn était un magnifique pianiste. A travers ses interprétations, Mitchell nous replonge au XVIIIe siècle. Il les fonde sur des recherches musicologiques pointues sur l'art du clavier de l'époque. La sonate en fa M Hob. XVI/23 qui est sans doute une des plus jouées surprend d'emblée par certaines libertés rythmique, une « inégalité » bien dosée telle qu'on la pratique au clavecin mais à laquelle on n'est plus habitué dans le répertoire communément appelé « classicisme viennois ». Le choix de jouer sur un pianoforte Stein datant de 1799 est évidemment cohérent par rapport à ces choix artistiques. Cette manière « inégale » de jouer est moins concevable sur les pianos modernes. L'instrument choisi par Mitchell ne doit pas être très éloigné des claviers de facture viennoise que connaissait Haydn. L'instrument sonne très bien et la prise de son est de grande qualité. Sa palette expressive est très large, des pianos intimes et colorés au forte déjà ample et rond. La mécanique est précise et rend parfaitement l'articulation rapide et vive du pianiste. Mitchell exploite parfaitement les différentes couleurs de l'instrument dans le second mouvement de la sonate Hob XVI/23 dans la sombre tonalité de fa mineur.
Mitchell est un excellent pianiste. Sa technique est impeccable et ses interprétations sont intelligentes. Il comprend les structures tonales en colorant les parcours de tonalités et il a parfaitement pénétré l'univers de Haydn dont on souligne toujours le sens de l'humour et de la surprise. Le choix des sonates est pertinent par rapport à l'instrument choisi. On sait que les dernières sonates ont été composées sur un clavier londonien aux caractéristiques différentes du viennois. La sonate en fa majeur appartient à un groupe de six sonates écrites en 1773 et dédiée à Nicolas Esterhazi. Sa forme générale en trois mouvement est bien équilibrée. Le premier mouvement à la rythmique ciselée précède un adagio en fa mineur où le rythme de sicilienne s'écoule dans une douce rêverie parfois sombre. La sonate en mib appartient à un second groupe de six sonates datées de 1776. Cette sonate est très virtuose. Le menuet central propose un trio dans la tonalité peu utilisée à l'époque de mib mineur. Le dernier mouvement est sous forme de variations. La sonate en ut majeur est plus tardive. Elle date de 1789. Elle annonce le style tardif de Haydn et le premier mouvement, original s'écarte des formes classiques pour s'apparenter plutôt à une fantaisie au style improvisé.
L'improvisation est aussi une caractéristique de cet enregistrement. En effet, Mitchell renoue à une pratique courante à l'époque ; à savoir que tous les pianistes virtuoses et concertistes étaient rompus à l'art d'improviser ! Cela s'est perdu aujourd'hui, l'improvisation étant le fait du jazz et les « classiques » capables d'improviser sont souvent considérés comme des ovnis. Mitchell improvise des transitions modulantes pour nous conduire d'une sonate à l'autre. Ses improvisations respectent les codes et langages de l'époque et ne trahissent pas l'esprit de Haydn !
Nous voilà de retour dans les salons viennois du XVIIIe siècle.
Michel Lambert

Son 10 – Livret 9 – Répertoire 10 – Interprétation 10

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